Algérie: Sept églises menacées de fermeture
L'épuration religieuse se poursuit en Algérie. Dimanche dernier, sept églises membres de l'Eglise protestante d'Algérie ont reçu un ordre de fermeture au motif qu'elles opéraient illégalement. Elles ont toutes décidé d'ignorer cette injonction et de maintenir les cultes prévus ce vendredi 27 mai.
Mustapha Krim, Président de l'Eglise Protestante d'Algérie (EPA), a été convoqué le dimanche 22 mai dernier au commissariat principal de Bejaia où Ammar Ben Salma, chef de la police locale, l'a informé que tous les bâtiments religieux autres que musulmans devaient fermer leurs portes et que cette fermeture interviendrait par la force si cela était nécessaire. Cela concerne sept églises de la Wilaya (département) de Bejaïa en petite Kabylie. Pour justifier ces fermetures, le Gouverneur invoque l'ordonnance 06-03, la loi religieuse de mars 2006 qui limite drastiquement toutes les pratiques religieuses autres que musulmanes.
Le gouvernement fait la sourde oreille
Interrogé par téléphone, Mustapha Krim commente: «C'est toujours la même chose. Ils n'appliquent cette loi que lorsqu'ils veulent nous importuner.» Les églises de Bejaïa ont fourni les multiples informations et documents exigés par cette loi controversée, mais depuis cinq ans le gouvernement n'a délivré aucune autorisation officielle selon M. Krim.
Toujours selon M. Krim, «Le gouverneur de Bejaïa n'est pas particulièrement religieux, et cet ordre de fermeture des églises est d'autant plus surprenant. Il n'y a aucune raison précise invoquée pour justifier cette fermeture» a-t-il ajouté. «Ils ont simplement dit que nous devions nous mettre en conformité avec la loi. Nous avons toujours essayé de le faire et avons fait tout ce qui nous était demandé. Maintenant il ne dépend que d'eux de nous donner les autorisations.»
Dans le document remis, cet ordre concernerait «toutes les églises du pays» soit plus de cinquante églises. Mais le gouverneur de Béjaïa n'a aucune autorité pour prendre des décisions ayant une portée nationale. Mustapha Krim et plusieurs représentants de l'EPA devaient rencontrer le lundi 23 mai le ministre des affaires religieuses. Mais celui-ci n'est pas venu au rendez-vous et a délégué un fonctionnaire qui a affirmé que personne au ministère n'était au courant de cette directive.
Ségrégation religieuse
Cette nouvelle menace est la dernière en date des discriminations régulières qui frappent les chrétiens en Algérie. Leur nombre est estimé à 20 000 protestants et 5 000 catholiques, soit moins de 0.1% des algériens. La presse et la population voient souvent d'un mauvais oeil que des citoyens algériens se tournent vers une religion qu'ils qualifient d'étrangère. Ces derniers mois, plusieurs chrétiens ont été accusés par la justice algérienne d'avoir rompu le jeûne du Ramadan, de posséder des bibles ou de blasphème contre Mahomet.
Documents: Sur demande, nous pouvons vous faire parvenir une copie de l'ordre de fermeture et sa traduction en français.