Nigéria (Nord)

La situation des chrétiens continue de se détériorer au Nigeria depuis que les islamistes de Boko Haram ont proclamé un califat dans le nord-est du pays.

Nigeria

Contexte

On peut partager le Nigeria en plusieurs régions dans lesquelles la situation des chrétiens varie : le Nord (19 Etats, ainsi que le Territoire de la capitale fédérale d’Abuja) est fortement musulman. Le Sud (17 Etats) est essentiellement chrétien mais le Sud-ouest, où l’ethnie Yoruba est majoritaire, est à 50% musulman. La ceinture centrale qui sépare le Nord et le Sud est majoritairement chrétienne, avec des minorités musulmanes importantes. Toutefois, les anciens dirigeants musulmans ont tracé les frontières des Etats en incluant de grandes parties de la ceinture centrale dans les 12 Etats du Nord qui aujourd’hui appliquent la charia (par ex. l’Etat de Kaduna, dont le Nord est majoritairement musulman et le Sud majoritairement chrétien, mais dont l’administration est islamique et applique la charia). La persécution des chrétiens par les extrémistes musulmans ne s’étend pas sur l’ensemble du pays.

Sources de persécution

Le niveau de violence est très élevé au Nigeria. Les médias ont beaucoup parlé de l’enlèvement des lycéennes de Chibok, mais il ne s’agit là que la partie visible de l’iceberg car tous les jours des chrétiens sont agressés physiquement.

Au Nigeria, la persécution vient avant tout de l’extrémisme islamique même si les rivalités ethniques et les systèmes de corruption entrent aussi en jeu. La persécution est complexe et ne se limite pas aux assassinats et aux agressions perpétrées par des islamistes radicaux à l’encontre de chrétiens et de musulmans modérés. Dans les douze Etats du nord du pays, les autorités locales et la société ne laissent aucun espace de liberté aux chrétiens pour qu’ils puissent pratiquer leur foi.

La persécution est surtout présente dans les Etats régis par la charia mais elle gagne aussi les Etats voisins et pèse lourdement sur les chrétiens dans leur vie privée, familiale, sociale, civile et ecclésiale.

La pression que subissent les chrétiens et les violences dont ils font l’objet, principalement dans les provinces du nord, n’ont jamais été aussi intenses. Une situation qui pourrait encore empirer en raison :

  • des liens qui sont en train de se tisser entre Boko Haram, Al-Qaïda au Maghreb Islamique et d’autres groupes radicaux sans parler du modèle que représente le groupe Etat Islamique qui a conduit Boko Haram à proclamer un califat dans le nord-est du Nigeria,
  • des violences perpétrées par les éleveurs musulmans nomades de l’ethnie Fulani et Hausa dans la région de la ceinture centrale du Nigeria.

Toutes ces violences ont fait de nombreux déplacés à l’intérieur du pays. Beaucoup d’entre eux ne sont pas pris en charge par l’aide nationale et internationale. Dans la région, ces déplacés sont un témoignage vivant de la suprématie des persécuteurs et de la vulnérabilité des persécutés ce qui encourage la violence et l’impunité et répand la peur parmi les chrétiens persécutés. Ce cercle vicieux ne peut être brisé que par une intervention de la communauté internationale sous forme d’aide humanitaire ou autre.

Informations sur les chrétiens

Le Nigeria compte de nombreux chrétiens : 21,9% de la population est protestante, 15,16% appartient à des églises indépendantes, 12,61% est anglicane, 12,08% catholique, 0,01% orthodoxe et 1,18% est chrétienne non affiliée.

Constitutionnellement, le Nigeria est un Etat laïc qui garantit la liberté de religion. Mais pendant presque 40 ans, l’élite au pouvoir, originaire du Nord, a favorisé les musulmans et discriminé les chrétiens. Peu de moyens ont été employés pour mettre fin à la persécution des chrétiens dans le Nord et, par conséquent, des églises ont été brûlées et des chrétiens tués. Depuis 1999, 12 Etats du Nord ont instauré la charia, au grand désespoir des chrétiens.

Pour les églises, il est très difficile d’accueillir ouvertement des chrétiens d’arrière-plan musulman parce que cela attirerait l’attention de l’Oumma, la communauté musulmane, et pourrait provoquer des réactions violentes contre toutes les églises de la région.

Les pasteurs sont de plus en plus fréquemment visés par les extrémistes islamiques.