Un dimanche matin, une salle pleine, un prédicateur, des chants, une collecte et une bénédiction finale: tout ressemble à un culte chrétien. Pourtant, il s’agit d’un office de la religion traditionnelle des Oromos. Ibsa (pseudonyme), expert des religions traditionnelles africaines, ne s’y trompe pas: «Au fond, c’est une forme moderne de sorcellerie et de magie.»

Un mouvement identitaire en plein essor

En Éthiopie, des communautés vivent encore selon ces religions dans les régions reculées. Mais depuis quelques années, elles connaissent une expansion rapide, portée par un mouvement panafricain d’affirmation identitaire. Ses partisans estiment que la colonisation et les missions chrétiennes ont privé les Africains de leur culture et de leur identité. «L’islam et le christianisme viennent de l’étranger. Nous, Africains, avons nos propres religions», disent-ils.

Ce discours séduit particulièrement les jeunes et les personnes instruites. Il promet une liberté totale: chacun peut suivre ses désirs, sans notion de péché ni de jugement. Pour certains, d’ailleurs, le mal n’existe pas: il n’y aurait que de bons esprits et le mal serait une invention des chrétiens. La morale et la responsabilité personnelle s’en trouvent parfois relativisées.

Quelle liberté pour les convertis?

Cette liberté s’arrête pourtant net lorsque quelqu’un décide de suivre Jésus. Selon Ibsa, un converti peut alors être poursuivi, voire tué. Des violences ont d’ailleurs déjà eu lieu: plusieurs responsables religieux ont perdu la vie lors de manifestations liées aux religions traditionnelles africaines.

Pour certains observateurs, ce mouvement pourrait devenir l’une des plus grandes menaces pour l’Église en Éthiopie, d’autant que son influence atteint parfois ses propres responsables: certains pasteurs considèrent les religions traditionnelles africaines comme une partie de leur identité culturelle.

Face à ce défi, Ibsa en est convaincu: les chrétiens, et en particulier les jeunes, doivent être solidement enracinés dans la Parole de Dieu. C’est le sens des formations bibliques qu’il organise, avec l’aide des partenaires locaux de Portes Ouvertes, pour fortifier l’Église. Reste à savoir si cet enracinement suffira face à un mouvement qui séduit justement les jeunes.