Le responsable d’église Abelardo Mata, 80 ans, reste introuvable depuis son arrestation fin juin. Sa disparition inquiète dans un contexte de pression croissante sur l’Église au Nicaragua.
Le responsable d’église Abelardo Mata, 80 ans, est porté disparu depuis le 29 juin, date à laquelle il a été interpellé alors qu’il se rendait à l’hôpital pour un contrôle de routine. La police affirme qu’il a été libéré quelques heures plus tard, mais il reste introuvable.
Depuis le 16 juin, soit deux semaines avant son arrestation, ses proches ainsi que son avocat auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme faisaient par ailleurs l’objet de menaces.
Sa disparition est particulièrement inquiétante compte tenu de son état de santé: il souffre notamment de problèmes cardiaques, de diabète et de troubles de la vue. Quelques jours avant sa disparition, il exhortait les fidèles de sa paroisse à prier pour l’Église persécutée au Nicaragua, selon le média La Prensa.
Visé par des coups de feu
Abelardo Mata est l’évêque émérite du diocèse d’Estelí. Depuis plusieurs décennies, il compte parmi les critiques les plus constants du régime de Daniel Ortega.
En 2018, il a survécu à des coups de feu tirés par des paramilitaires sandinistes: il avait publiquement demandé la fin des exactions commises par les dirigeants politiques et avait participé au processus de «dialogue national» après une vague de contestation antigouvernementale.
La disparition d’Abelardo Mata est intervenue seulement neuf jours après que le président Daniel Ortega a annoncé que le pays n’organiserait plus d’élections présidentielles. L’inquiétude est donc vive pour les libertés individuelles dans le pays, et notamment la liberté de religion.
Réduire au silence les voix indépendantes
Pour Josué Valdez (pseudonyme), directeur de l’équipe au Nicaragua, «la réponse du régime à la crise politique et électorale a été de mettre fin au peu qui restait d’expression démocratique dans le pays. Cela implique de réduire au silence les rares voix indépendantes qui restent.» Pour l’Église, cela veut dire encore moins de liberté: «Toute activité doit être déclarée, rien ne peut être organisé en public sans l’approbation du gouvernement.»
«Aujourd’hui, l’Église est strictement surveillée.»
— Josué Valdez
Selon Martha Patricia Molina, une chercheuse nicaraguayenne, «au Nicaragua, quiconque ose parler ouvertement en public est considéré comme offensant la dictature. C’est pourquoi les évêques sont constamment surveillés.» Elle estime que huit prisonniers politiques sont morts en prison depuis l’arrivée au pouvoir de Daniel Ortega. L’évêque Abelardo Mata pourrait malheureusement être une nouvelle victime de cette dictature.