Asabe (pseudonyme) a encore du mal à repenser à cette nuit-là. La pire nuit de sa vie. Le 14 avril 2025, des extrémistes peuls armés ont attaqué son village, dans le nord du Nigéria.

Une nuit d’horreur

Réveillée par les tirs, Asabe a découvert que sa maison était encerclée. «Ils sont entrés et ont emmené mon fils Jerry… Ensuite, ils ont pris James et Jacob…» Ses trois fils, âgés de 14, 10 et 2 ans, ont été tués avec la plus grande cruauté.

Asabe s’est réfugiée dans la salle de bains avec sa belle-mère et sa fille Joanna, âgée de 6 ans. Les deux femmes ont résisté de toutes leurs forces tandis que les assaillants tentaient d’enfoncer la porte. Puis les hommes ont incendié la maison avant de s’enfuir, laissant les trois femmes prisonnières des flammes.

Alertés par les cris, des villageois sont accourus à leur secours. Ils ont également extrait Moses, le mari d’Asabe, du faux plafond où il s’était caché pour échapper aux assaillants. Conduit à l’hôpital, il a succombé à ses blessures.

Seules face à l’avenir

Sans Moses, Asabe et Joanna étaient vulnérables. Comment allaient-elles survivre sans ce père et mari qui les protégeait et subvenait aux besoins de la famille?

Dans les semaines qui ont suivi, la douleur d’Asabe était si profonde qu’elle a même songé à mettre fin à ses jours. Du haut de ses 6 ans, la petite Joanna a tenté de la réconforter: «Dieu rassemblera les méchants et les punira, lui disait-elle. Un jour, je reverrai papa et mes frères.»

Votre soutien et vos prières sont parvenus à Asabe au moment où elle en avait le plus besoin. Un mois après l’attaque, les partenaires de Portes Ouvertes se sont rendus dans le village pour distribuer de la nourriture.

Puis, cinq mois plus tard, Asabe a été invitée au centre de soins post-traumatique Shalom durant cinq jours. Elle y a bénéficié d’un accompagnement qui l’a aidée à avancer dans son deuil et à faire face à son traumatisme dans un cadre sécurisant.

Le difficile chemin du pardon

Après la colère et l’amertume, Asabe s’est engagée sur le chemin du pardon. Peu à peu, elle a laissé la grâce transformer son regard. Sans oublier les souffrances qu’elle a vécues, elle a choisi de ne pas enfermer tout un peuple dans les actes de quelques-uns, témoignant de l’hospitalité à des Peuls lorsqu’elle en a l’occasion.

Mais le chemin reste difficile: «Même si je pardonne, il m’arrive parfois de me remettre en colère contre eux, comme si tout venait de se produire», explique-t-elle.

Aujourd’hui, Asabe sait qu’elle peut compter sur le soutien d’un groupe de veuves qu’elle a rejoint: «Nous n’avons pas choisi de devenir veuves, mais Dieu prendra soin de nous.»