Michée serre contre lui la photo de son père, l’une des deux seules qu’il possède de lui. La voix chargée d’émotion, il lance cet appel: «Des milliers de chrétiens sont tués à travers l’Afrique. Nous élevons la voix pour parler de ce qui s’est passé. Vous joindrez-vous à nous?»

Je fais entendre ma voix

L’année dernière, au moins 4.491 chrétiens ont été tués en Afrique subsaharienne en raison de leur foi (1), soit en moyenne 12 chrétiens tués par jour. Cette vague de violence, d’une ampleur sans précédent, brise des familles, ravage des communautés et menace la présence même de l’Église dans certaines régions. C’est le cas de Michée.

31 chrétiens assassinés

Filibert, le père de Michée, avait été l’un des premiers habitants de son village à devenir chrétien. Homme de foi, courageux et engagé, il avait vu son église grandir jusqu’à compter 600 membres. Au Burkina Faso, la communauté chrétienne vivait alors en paix avec les autres communautés alentour.

Le pasteur Michée avec une photo de son père, Filibert.

Mais un jour, des extrémistes peuls ont attaqué le village.

«En un clin d’œil, plus d’une centaine d’hommes armés sont entrés dans le village, raconte Michée. Ils ont menotté tous les habitants, les ont conduits dans l’église, leur ont bandé les yeux, puis les ont abattus. Trente et une personnes ont été tuées ce jour-là, y compris mon père et mes frères. Les femmes et les enfants ont fui et se sont dispersés dans la brousse.»

«Pourquoi Dieu a-t-il permis cela?»

En repensant à cette nuit-là, Michée secoue la tête. «J’étais couché lorsque j’ai reçu le message d’un frère en Christ: “Le village a été attaqué.” J’étais anéanti. J’ai essayé d’appeler le numéro de mon père, mais l’appel n’est pas passé. J’ai alors appelé ma petite sœur, qui a décroché.»

Sa sœur s’était réfugiée dans la brousse et ne savait pas où aller. «Elle m’a ensuite raconté que mon père avait été menotté et qu’elle ignorait s’il était encore vivant. Les larmes me sont montées aux yeux et mon cœur était profondément meurtri. Je ne savais plus quoi dire.»

«J’avais le sentiment que Dieu nous avait abandonnés.»
Pasteur Michée

Le lendemain de l’attaque, Michée a tenté de retourner dans son village, mais les militaires en interdisaient l’accès. Un ami qui servait dans l’armée l’a alors appelé pour lui annoncer la terrible nouvelle: son père faisait partie des victimes.

Douter de Dieu

L’attaque n’a pas seulement coûté la vie à 31 personnes. Elle a aussi laissé derrière elle un village dévasté, des familles endeuillées et des habitants privés de leurs biens et de leur bétail. Pour les chrétiens de la communauté, le choc a été immense.

En apprenant la mort de son père et l’ampleur du massacre, Michée a été submergé par la douleur, la colère et l’incompréhension. Sa confiance en Dieu s’est mise à vaciller: «La prière n’avait plus aucun sens pour moi. Je prononçais des mots, mais au fond de moi, je doutais. Mon cœur était rempli d’amertume. Je voulais venger les miens.»

Deborah, Michée et Nathalie.

Dans toute l’Afrique subsaharienne, la persécution violente ébranle profondément les chrétiens. Beaucoup vivent avec le traumatisme des attaques, tandis que des veuves et des orphelins doivent affronter seuls le deuil et la précarité. Le désespoir menace d’étouffer l’Église.

Nathalie et Deborah font partie des 25 femmes devenues veuves ce jour-là. Toutes deux ont vu les assaillants envahir le village, rassembler les hommes près de l’église, puis les exécuter. Depuis, elles doivent élever seules leurs enfants.

Sans accompagnement, les blessures laissées par la violence peuvent peser durablement sur les victimes, mais aussi sur leurs familles et leur entourage. «Un traumatisme qui n’est pas pris en charge finit par se transmettre aux autres», explique Michée.

Gardiens de la mémoire

Grâce à votre soutien et à vos prières, Michée a pu bénéficier d’un accompagnement pour surmonter son traumatisme. Cette prise en charge a profondément changé sa vie.

«Ce qui m’a aidé, c’est notamment le partage d’histoires personnelles, explique Michée. Cela m’a vraiment soulagé. J’ai pu pleurer en racontant mon témoignage et j’ai senti que je me libérais de l’amertume qui m’habitait.»

À son tour, Michée a été formé pour accompagner les personnes traumatisées de sa communauté. Aujourd’hui, il aide seize chrétiens à mettre des mots sur leurs blessures et à avancer sur le chemin de la guérison. «Traverser des moments difficiles ne signifie pas que Dieu nous a abandonnés, affirme-t-il. Dieu est fidèle.»

Michée et les participants du groupe d’accompagnement post-traumatique.

Le souvenir de son père, de ses frères et des autres membres de sa communauté tués ce jour-là donne aussi à Michée la force de poursuivre son ministère. La photo de son père qu’il garde précieusement lui rappelle tout ce qui lui a été enlevé, mais aussi l’importance de faire vivre la mémoire des victimes.

«En tant que chrétiens, nous croyons à la vie éternelle, explique Michée. Ils sont morts, mais ils ressusciteront, comme Jésus. Ils sont restés fidèles jusqu’au bout et recevront la récompense qui leur est promise. Nous devons honorer leur mémoire.»

Une voix qui s’élève

L’histoire de Michée est celle de milliers de chrétiens confrontés à la violence en Afrique subsaharienne. Derrière chaque attaque, il y a des familles endeuillées, des communautés fragilisées et des croyants qui ont besoin d’être accompagnés pour se relever.

À leurs côtés, nous pouvons agir concrètement: soutenir ceux qui reconstruisent leur vie, mais aussi faire entendre leur voix en signant notre pétition pour que leur souffrance ne soit pas oubliée.

(1) Chiffres tirés de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2026, sur une période d’étude allant du 1er octobre 2024 au 30 septembre 2025.