Après le démantèlement de son église de maison, Jinyi aurait pu abandonner. Mais alors que les autorités chinoises renforcent leur contrôle, elle a fait le choix de continuer à soutenir les jeunes croyants.
Les pires craintes de Jinyi étaient sur le point de se réaliser.
À l’extérieur de la pièce, le bruit des pas ne laissait aucun doute. Jinyi (pseudonyme) a jeté un regard aux jeunes qui, quelques instants plus tôt, adoraient Dieu dans la joie. Soudain, la porte s’est ouverte. Des policiers chinois ont fait irruption dans la pièce plongée dans l’obscurité. Les chants de louange ont aussitôt laissé place à la panique.
Ce dimanche matin-là, la centaine de chrétiens présents ont été rassemblés, puis arrêtés. Plusieurs personnes ont été détenues pendant une semaine entière. Zhang (pseudonyme), le mari de Jinyi et responsable de l’église de maison, a reçu la sanction la plus lourde: trois ans et demi de prison, assortis d’une amende de 60.000 yuans (environ 7.500 euros).

En quelques minutes, l’église de maison de Jinyi et Zhang a été démantelée. Et leur monde a basculé.
Je soutiens les chrétiens secrets
Rejetée au moment où elle avait le plus besoin d’aide
Son mari emprisonné, Jinyi s’est retrouvée sans ressources pour subvenir aux besoins de ses enfants. Désespérée, elle s’est tournée vers les églises locales pour demander de l’aide.
Mais au lieu de recevoir du soutien, elle a été rejetée. Pourtant, avec son mari, elle était engagée depuis des années dans un ministère auprès des étudiants. Les chrétiens autour d’elle craignaient les autorités et ne voulaient pas être associés à sa situation.
«Dans mon cœur, je me sentais trahie, blessée, déçue.»
— Jinyi
Ce rejet a été pour elle une profonde blessure. Au fil des jours et des semaines, sa confusion et sa tristesse se sont intensifiées: «Je doutais de ma force et j’en suis même venue à remettre Dieu en question, se souvient-elle. Je luttais avec ma foi et je me suis enfermée dans le silence.»
Des églises souterraines et sous pression
L’histoire de Jinyi est malheureusement loin d’être un cas isolé en Chine, où l’État renforce son contrôle sur l’Église. Les autorités multiplient les efforts pour identifier, surveiller et sanctionner les églises de maison. Afin d’échapper à la surveillance, elles doivent se diviser en petits groupes et devenir souterraines.

Un responsable d’église nous a expliqué: «Tout le monde connaît la situation de Jinyi, mais personne n’ose s’impliquer. Il y a quelques années, il y avait cinq églises dans cette région. Aujourd’hui, il ne reste qu’une seule église approuvée par le gouvernement. Les églises de maison restent discrètes et cachées.»
La surveillance est omniprésente et le gouvernement chinois adopte des lois destinées à freiner la croissance de l’Église. Il est même illégal pour les moins de 18 ans d’adhérer à une religion.
Un appel qui se rallume dans l’épreuve
Jinyi était étudiante à l’université lorsqu’elle a entendu l’Évangile et décidé de suivre Jésus. Elle a ensuite commencé à servir dans un groupe d’étudiants chrétiens sur le campus. Après son mariage avec Zhang, elle a poursuivi ce ministère à ses côtés pendant des années.
Pour Jinyi, l’accompagnement des étudiants a toujours été plus qu’un engagement: c’est une vocation. Après la descente de police, ne plus pouvoir voir, entendre ni accompagner ces jeunes adultes qu’elle et son mari avaient nourris spirituellement l’a profondément éprouvée, sur les plans émotionnel, physique et spirituel.
«Même dans cette solitude, je me battais pour tenir bon.»
— Jinyi
Les partenaires de Portes Ouvertes ont appris la situation de Jinyi et l’ont accompagnée dans cette épreuve. Elle a peu à peu repris des forces. «J’ai commencé à penser aux jeunes adultes qui participaient autrefois à nos rassemblements, raconte-t-elle. À ces jeunes qui, poussés par la peur, avaient été dispersés comme des brebis perdues sans berger.»
Malgré la fatigue et les risques, Jinyi savait qu’elle devait rester présente pour ceux que Dieu leur avait confiés, à elle et à son mari. «L’appel que j’avais autrefois reçu de Dieu s’est rallumé en moi, dit-elle. J’ai su que je devais aider ces jeunes à tenir de nouveau fermement dans le Seigneur.»
Comme une plante qui grandit
Récemment, Jinyi a commencé à rencontrer des jeunes en tête-à-tête pour les encourager. Certains ont ensuite commencé à diriger des groupes bibliques. D’autres ont ouvert leur maison pour accueillir des rencontres de jeunes. En prison, Zhang a été encouragé d’apprendre que Jinyi continuait de prendre soin de ces «petits agneaux» qu’ils avaient accompagnés ensemble.
Aujourd’hui, le ministère de Jinyi compte dix petits groupes clandestins, qui accompagnent plus de 70 jeunes. Jinyi sait qu’elle prend d’immenses risques en dirigeant ce nouveau ministère clandestin. Mais au cœur même de la persécution, la foi continue de grandir – une graine fragile semée en terre qui s’enracine en Christ pour porter du fruit.

Grâce à votre soutien, nos partenaires peuvent rendre visite à des chrétiens clandestins comme Jinyi et les accompagner dans leur isolement. Pour elle, cette présence a été précieuse, alors même que de nombreuses églises lui avaient tourné le dos.
«Il y a eu d’innombrables moments où j’ai voulu abandonner, confie Jinyi. En tant que responsable, je me sens isolée. Mais votre soutien et vos encouragements m’aident à me sentir moins seule et moins effrayée.»