Au Laos, la liberté religieuse est officiellement garantie par la Constitution. Dans les faits, la vie de foi reste cependant soumise à des lois restrictives et à un contrôle étroit de l’État.
Dans les faits, ce principe constitutionnel ne garantit pas aux croyants une liberté uniforme. Les communautés chrétiennes doivent composer avec de nombreuses autorisations administratives, une surveillance régulière et une application très inégale de la loi selon les provinces, les districts ou même les villages.
Dans les régions rurales et parmi les minorités ethniques, où les autorités locales disposent d’une large marge d’interprétation, ces restrictions peuvent rapidement conduire à l’interdiction des rassemblements, au harcèlement des croyants ou à leur exclusion de la communauté.
Une liberté religieuse sous étroite surveillance
Pour pratiquer leur culte dans un cadre légal, les chrétiens doivent se rattacher à l’une des trois Églises reconnues par les autorités: l’Église évangélique du Laos, l’Église adventiste du septième jour ou l’Église catholique. Les communautés locales peuvent alors être enregistrées et obtenir un statut officiel.
Dans cette configuration, presque tous les aspects de leur vie sont réglementés. Les églises doivent obtenir l’autorisation préalable du gouvernement pour organiser des cultes, évangéliser, accueillir de nouveaux convertis, proposer des formations bibliques ou former leurs responsables. Une autorisation est également nécessaire pour les déplacements des responsables d’église, la construction ou la rénovation de bâtiments, la production de matériel religieux et la création de nouvelles communautés.
Le gouvernement peut par ailleurs suspendre ou interdire toute activité religieuse qu’il considère comme une menace pour la stabilité nationale, l’ordre social, l’unité de la population ou les coutumes traditionnelles.
L’application de la loi dépend largement des autorités locales. Elle peut varier d’une province, d’un district ou même d’un village à l’autre, selon la manière dont les responsables comprennent la réglementation et perçoivent le christianisme. Les organisations chrétiennes internationales et les ONG sont elles aussi soumises à l’enregistrement, à l’approbation préalable de leurs activités et au contrôle de leurs financements.
Pourquoi certaines communautés choisissent-elles la clandestinité?
Pour de nombreux chrétiens, rejoindre l’une des Églises officielles n’est ni possible ni souhaitable. Certaines communautés ne parviennent pas à obtenir les autorisations nécessaires. D’autres refusent volontairement de s’enregistrer, par crainte de voir leur fonctionnement, leur culte et leur enseignement biblique placés sous le contrôle du gouvernement.
Ces croyants se réunissent alors au sein de communautés non enregistrées, souvent appelées «églises de maison». Les rencontres ont généralement lieu dans des habitations ou d’autres lieux privés, où les chrétiens disposent d’une plus grande liberté pour prier, étudier la Bible et vivre leur foi. Cette liberté reste toutefois précaire: une communauté découverte par les autorités peut être surveillée, harcelée ou sanctionnée.
Dans certains villages, où les traditions bouddhistes ou animistes sont profondément enracinées, la conversion au christianisme est perçue comme une rupture avec les croyances ancestrales. Les nouveaux convertis peuvent être accusés d’attirer la colère des esprits, la maladie ou le malheur sur l’ensemble de la communauté. Leur foi est alors considérée comme une menace pour les coutumes locales et pour l’unité du village.
En 2024, huit familles chrétiennes ont refusé d’abandonner leur foi alors qu’elles étaient menacées d’expulsion. «Nous ne pouvons pas revenir à l’animisme. Nous continuerons de croire en Jésus-Christ», ont-elles déclaré.
Comment les églises clandestines vivent-elles et se développent-elles?
La plupart des églises clandestines du Laos sont de petites communautés implantées au cœur d’un village. Elles se réunissent dans des maisons plutôt que dans des bâtiments consacrés au culte et sont souvent conduites par des responsables laïcs qui n’ont reçu aucune formation théologique officielle. Ces responsables figurent fréquemment parmi les premiers habitants de leur village ou de leur communauté à s’être convertis.
Dans une société où les liens familiaux et communautaires occupent une place centrale, les chrétiens se rencontrent principalement par l’intermédiaire de personnes de confiance. Les contacts se nouent au sein des familles, entre proches ou grâce aux réseaux d’églises. Les nouveaux croyants sont présentés discrètement, par le bouche-à-oreille, notamment dans les régions rurales où la confiance est indispensable à leur sécurité.
Malgré les dangers, nombre de chrétiens continuent d’annoncer l’Évangile dans leur village ou dans les communautés voisines. Pour rencontrer d’autres croyants ou partager leur foi, ils doivent parfois parcourir de longues distances à pied ou à moto.
Savang (pseudonyme), ancien chaman devenu pasteur, résume ainsi leur détermination: «Je suis fermement convaincu que, lorsque vous êtes appelé par Dieu, la persécution ne doit pas être un obstacle à l’accomplissement de votre mission.»
Que risquent les chrétiens clandestins?
Lorsqu’une communauté clandestine est découverte, ses membres peuvent subir de lourdes représailles. Les autorités locales peuvent les arrêter, les interroger, les placer en détention ou les emprisonner. Ils risquent également d’être agressés par des membres de leur famille, des habitants du village ou des représentants des autorités.
Leurs lieux de réunion, leurs habitations et leurs biens peuvent être détruits ou confisqués, tout comme leurs bibles et leurs autres documents chrétiens. Certains perdent leurs moyens de subsistance ou sont privés de services essentiels, notamment de l’accès à l’éducation, aux soins médicaux ou à l’eau potable.
Les pressions peuvent aussi prendre la forme d’humiliations publiques ou de tentatives visant à les contraindre à renier leur foi devant la communauté. Des chrétiens se voient refuser certains droits élémentaires, comme celui d’être enterrés dans le cimetière du village. Les autorités peuvent également refuser de leur délivrer une carte d’identité, un livret de famille ou d’autres documents officiels, ou confisquer ceux qu’ils possèdent déjà.
Dans les situations les plus graves, des familles chrétiennes entières, voire des assemblées complètes, sont expulsées de leur village. Contraintes d’abandonner leur maison, elles doivent parfois survivre dans la forêt ou sous des abris de fortune, sans nourriture ni soins médicaux suffisants.
Que fait Portes Ouvertes pour aider les chrétiens clandestins?
Par l’intermédiaire de ses partenaires locaux et de ses réseaux, Portes Ouvertes soutient aussi bien les chrétiens des églises clandestines que ceux des communautés enregistrées. Son action s’articule autour de trois priorités.
La première consiste à encourager une formation de disciples qui accorde toute leur place aux femmes, aux jeunes et aux enfants. Des formations, des ressources et un accompagnement sont proposés pour développer des ministères adaptés et permettre à chacun de participer pleinement à la vie de l’église et de la communauté.
Portes Ouvertes contribue également à former des responsables solidement enracinés dans la Bible. Grâce à des enseignements théologiques adaptés à leur contexte, ils sont mieux équipés pour vivre sous la conduite du Saint-Esprit, discerner les faux enseignements et bâtir des églises saines, malgré leur accès limité à une formation théologique officielle.
Enfin, les chrétiens sont préparés à faire face à la persécution. Ils apprennent à mieux connaître les droits que leur reconnaît la Constitution, à comprendre la souffrance à la lumière de la Bible et à réagir aux pressions de manière à la fois spirituelle, concrète et collective. Cet accompagnement vise aussi à renforcer l’entraide entre chrétiens et à offrir des espaces sûrs aux personnes prises pour cible.
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