«C’est ma photo préférée de ma femme et moi. C’était notre toute première photo en tant que couple marié.»

Josiah s’interrompt et contemple la photo. Après un long silence, il évoque Rebekah, son épouse: une femme travailleuse, accueillante et attentionnée, dont la foi le rendait fier. Son chant préféré disait: «Ô Jésus, source de paix et de repos. Ton nom est pour moi une consolation. Quelles que soient les souffrances que j’affronte dans ce monde, quel que soit le mal que l’ennemi prépare, mon cœur ne sera pas troublé. Car je trouve dans Ton nom le repos et la sécurité.»

Une nuit dans l’État de Kaduna

Ces souvenirs sont douloureux. Le 28 novembre 2022, la vie du pasteur Josiah et de sa famille a basculé. Cette nuit-là, des extrémistes peuls ont encerclé leur maison, au nord du Nigéria, et ont ordonné à Josiah d’ouvrir la porte. Ils l’ont ligoté et l’ont emmené dehors. Deux de ses fils, Jonathan et Timothy, étaient déjà là, attachés eux aussi. Sa fille Salama (pseudonyme) a également été capturée.

Alors que les ravisseurs les conduisaient vers la brousse, Josiah a entendu Rebekah crier: «Je vais mourir, je vais mourir!» Mais Josiah était impuissant. Il ne pouvait pas sauver sa femme.

Après une nuit entière de marche, le groupe a atteint le camp des ravisseurs. Une question obsédait Josiah: «Rebekah était-elle morte? Était-elle encore en vie?»

Josiah, Jonathan, Timothy et Salama ont alors passé deux mois et deux semaines en captivité. Le froid, la faim et la maladie rythmaient leur quotidien. «Il faisait terriblement froid, raconte Josiah. Nous avions très peu à manger. Je laissais mes enfants manger et, une fois qu’ils avaient terminé, je mangeais ce qui restait.»

À ces conditions éprouvantes s’est ajoutée une pression constante sur leur foi. «Les ravisseurs se moquaient de nous, se souvient-il. Ils disaient: “Tu suis Jésus. Où est-il maintenant?”» 

«C’est la dernière fois que je les ai vus»

En janvier 2023, les ravisseurs ont annoncé à Josiah qu’ils allaient envoyer Jonathan et Timothy chercher l’argent nécessaire au paiement de la rançon. Avant leur départ, Josiah leur a donné ses propres rations de nourriture et leur a indiqué vers qui se tourner pour obtenir de l’aide. «C’est la dernière fois que je les ai vus», explique-t-il.

Lorsque Josiah et Salama ont finalement été libérés, Josiah a appris que Jonathan et Timothy avaient été tués le jour où il les avait vus pour la dernière fois. En rentrant dans son village, la question qui obsédait Josiah a malheureusement trouvé une réponse: oui, Rebekah avait été tuée cette nuit-là.

Les deuils se sont succédé. Peu après, Josiah a appris la mort de son jeune frère. Puis, en juillet 2025, Rowland, son autre fils qui avait échappé à la première attaque, a été à son tour enlevé et tué.

Josiah et sa fille Salama devant une fosse commune où sont enterrés 22 chrétiens tués dans une attaque.

Perdre Rebekah, puis Jonathan et Timothy, ensuite son frère… et enfin Rowland.

«Pourquoi?»

Comme Job dans la Bible, Josiah a lutté avec une même question: «J’avais l’impression que le monde s’effondrait autour de moi. Quand je pense à Rebekah et à la belle vie que nous avions ensemble, je demande à Dieu: «Pourquoi?”»

Une prière pour ses ravisseurs

À sa libération, Josiah était consumé par la colère et le désir de vengeance.

C’est alors que vous êtes venus à son secours. Grâce à votre soutien, Josiah et Salama ont bénéficié d’un
accompagnement post-traumatique dans un centre au Nigéria, où des milliers de chrétiens victimes de persécution sont aidés chaque année.

Josiah en train de prier avec Philip, l’un des membres de l’équipe du centre post-traumatique Shalom.

«Après mes séjours au centre, je vais beaucoup mieux et mon cœur est désormais apaisé, explique Josiah. Pleurer fait maintenant partie de ma vie. C’est la principale chose que j’ai apprise au centre: pleurer aide à libérer la douleur.» 

Peu à peu, les enseignements sur le pardon l’ont aidé à se libérer de son amertume. Josiah est parvenu à pardonner à ses ravisseurs et prie désormais pour que Dieu leur pardonne et leur ouvre les yeux.

«Dieu a encore des choses à me faire accomplir.»

Cette guérison nourrit aujourd’hui son ministère de responsable d’église. Josiah transmet à son tour ce qu’il a appris, notamment l’importance de laisser chacun exprimer sa douleur et vivre son deuil. Alors qu’il avait envisagé d’abandonner, cet accompagnement lui permet de regarder à nouveau vers l’avenir.

Être soutenu par les chrétiens du monde entier

L’histoire de Josiah est aussi celle de milliers de responsables d’église et de chrétiens confrontés à la violence en Afrique subsaharienne. C’est pourquoi il insiste aujourd’hui sur l’urgence de prier et d’agir pour l’avenir de l’Église.

Pour lui, ce soutien venu d’autres chrétiens n’a rien d’abstrait. Il en a lui-même ressenti les bienfaits:

«Mes frères et sœurs en Christ, je veux vous remercier pour l’aide que vous avez apportée à ceux qui traversent la persécution et les épreuves. Nous vous remercions de tout cœur. Nous recevons vos messages, nous voyons des changements et nous voyons la puissance de Dieu à travers vos prières et votre aide sous toutes ses formes. Je suis heureux de ce que vous faites.»