Dépendant à la drogue pendant vingt ans, Bahram est devenu chrétien en Iran à 38 ans. Emprisonné à deux reprises pour sa foi, il est torturé. Au milieu des coups, il prie pour ceux qui le frappent.
Les yeux bandés, les mains et les jambes liées, Bahram (pseudonyme) ne voit pas venir les coups qui pleuvent sur son visage. Pourtant, il prie pour ceux qui le frappent.
«Au début, ils ont cru que je me moquais d’eux. Puis ils ont compris: “Cet homme prie pour nous!”»
Pour comprendre cette réaction, il faut remonter plusieurs années en arrière, à une époque où Bahram était loin d’imaginer qu’il deviendrait un jour pasteur…
Vingt ans d’addiction à la drogue
Enfant, Bahram recherchait une force capable de le protéger. Il avait grandi dans un environnement violent, où les garçons se battaient régulièrement. Mais lorsqu’il tenait la main de son père, les plus forts n’osaient plus s’en prendre à lui.
En grandissant, il a pensé qu’il trouverait cette sécurité dans le sport en devenant plus fort. Mais cette recherche d’immunité l’a fait sombrer dans la drogue. Pendant vingt ans, l’addiction l’a tenu prisonnier et a peu à peu détruit sa santé.
Un jour, Bahram a surpris une conversation entre son neveu et sa sœur. L’enfant ne voulait pas que son oncle les accompagne, à cause de ses problèmes de drogue. Pour lui, ces paroles ont été un électrochoc.
Cette nuit-là, il est monté sur le toit de sa maison, où il avait l’habitude de se droguer. Les mains levées vers le ciel, il a supplié Dieu de le délivrer.
Vers deux heures du matin, il a allumé la télévision et est tombé sur une chaîne chrétienne iranienne. Un homme y racontait comment Jésus l’avait libéré de son addiction. Bahram a décidé de Lui ouvrir son cœur, avec une promesse: si Jésus le délivre, il partagera cette Bonne Nouvelle jusqu’à la fin de sa vie.
«À cet instant, je vous assure, ça m’a fait comme si je Le connaissais depuis dix ans.»
Dès le lendemain, il a raconté son expérience à ses amis, qui l’ont pris pour un fou. Il ne s’est pas arrêté pour autant: il a rejoint une église de maison puis a accompagné des pasteurs dans plusieurs villes iraniennes, avant de commencer son propre ministère et de participer à l’implantation d’églises de maison.
Arrêté en pleine réunion de prière
Un jour, alors que Bahram participait à une réunion de prière dans une maison, des agents des autorités iraniennes ont fait irruption. Les participants ont été arrêtés, les yeux bandés, puis emmenés séparément vers un lieu inconnu.
Les nouveaux convertis ont été rapidement relâchés après avoir signé un engagement à ne plus accueillir d’églises de maison chez eux. Bahram et les autres responsables, eux, sont restés en détention.
Il a alors été emprisonné pendant un mois, dont 22 jours à l’isolement. Il est néanmoins parvenu à téléphoner à sa femme, à qui il a pu donner de ses nouvelles. Inquiète de le savoir isolé et les yeux bandés, elle s’est étonnée de l’entendre répondre joyeusement:
«Je suis heureux d’être avec Christ. Je ne suis pas seul: Il est avec moi.»
Transféré ensuite dans une prison collective, Bahram a continué à annoncer l’Évangile. Son travail a porté du fruit: il a conduit 23 détenus à Jésus, dont trois condamnés à mort, exécutés quelques jours plus tard.
Après sa libération, il a repris progressivement ses activités auprès des églises de maison. Mais sept mois plus tard, il est arrêté une seconde fois. Cette fois-ci, la détention durera un an, dont quatre mois à l’isolement, les yeux bandés.
Une cellule glaciale pour le faire craquer
Pendant cette seconde détention, les autorités ont cherché un autre moyen de briser sa résistance. Bahram a alors été placé dans une cellule climatisée. Au départ, la fraîcheur lui a apporté du soulagement, alors qu’il était emprisonné dans une région très chaude du pays… Mais le froid est devenu rapidement insupportable.
Lorsque Bahram a demandé à un gardien de réduire la climatisation, celui-ci a accepté, mais la température a encore baissé. Le lendemain, il a renouvelé sa demande, et le froid s’est intensifié de nouveau.
Bahram a alors compris qu’il s’agissait d’une forme de torture. Il a tenté de se réchauffer en faisant des exercices, mais ses forces l’ont abandonné. C’est à ce moment-là qu’il a entendu l’Esprit de Dieu lui demander:
«Maintenant, lève-toi et adore.»
Il s’est relevé et a commencé à prier et à chanter des cantiques. Il a ressenti une chaleur intense dans tout son corps, au point de devoir se coller au mur pour se rafraîchir.
Comme l’épreuve du froid n’a pas fonctionné, les autorités ont tenté une autre méthode, en transférant Bahram dans un espace de la prison où la drogue circulait. Pour cet homme qui avait passé vingt ans de sa vie prisonnier de cette addiction, l’épreuve est particulièrement difficile. Il a vu dans ce transfert une nouvelle tentative de le faire craquer et de le détourner de sa foi.
Mais Bahram n’a pas cédé aux pressions et n’a pas fléchi devant les autorités. Lors d’un interrogatoire, un officier lui a lancé: «Où est-il, ton Jésus-Christ? Dis-lui de venir te sauver!» Bahram lui a répondu: «Il est avec moi.»
«Je priais pour eux pendant qu’ils me tabassaient»
Malgré les violences subies, Bahram a pardonné à ses bourreaux. Il ne l’a pas fait dans un moment de réconfort ou de répit, mais alors même qu’ils étaient en train de le frapper: «Je leur ai pardonné, alors que mes yeux étaient bandés, mes jambes attachées, mes mains liées, et qu’ils me frappaient le visage de tous les côtés. Ils m’ont même cassé des dents. Je priais pour eux pendant qu’ils me tabassaient», explique-t-il.
Pour lui, ceux qui le torturaient avaient eux aussi besoin de connaître Jésus. Sa détention a été une mission.
«Ce sont mes bourreaux qui sont les vrais prisonniers.»
Bahram a fini par être libéré, mais il est resté sous surveillance. Dans ce contexte, en continuant ses activités, il risquait de mettre d’autres chrétiens en danger. Son pasteur lui a alors conseillé de quitter l’Iran, car une nouvelle arrestation pourrait lui coûter la vie.
À contrecœur, il s’est installé dans un autre pays d’Asie. Il y a fondé une église et poursuit son ministère auprès d’Iraniens et d’Afghans. Avec le recul, il considère que ses passages en prison ont été une occasion de servir Dieu. Entre les mains levées sur son toit et les mains liées dans sa cellule, Bahram n’a jamais regretté son engagement.
L’arrestation de Bahar Sahraian, la disparition de Mary Mohammadi et l’emprisonnement de Ghazal Marzban illustrent la pressi...