Pour Asia Bibi, l'attente peut encore durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines. 

Ce 8 octobre, la Cour suprême du Pakistan, située à Islamabad n'a pas voulu trancher, disant qu'elle se réservait «le droit de statuer». Il s'agissait du procès en appel d'Asia Bibi, la première femme chrétienne condamnée en vertu de la loi pakistanaise sur le blasphème

L'avocat d'Asia Bibi, Saif-ul-Malook, espère toujours la libération de sa cliente. Selon lui, «sur le plan juridique, le dossier est peu solide».

Toute une vie à fuir les menaces

Au moment de l'audition de son appel, Ashiq Masih, le mari d'Asia Bibi ainsi qu'une de ses filles, se trouvaient au Royaume-Uni. «Elle a une foi très forte, et est prête à mourir pour le Christ», a-t-il affirmé dans une interview au site CNS News, le vendredi 5 octobre. Il a aussi déclaré:  

«Ma femme ne se convertira jamais à l'islam. Elle est psychologiquement, physiquement et spirituellement forte.»

Depuis l'arrestation de son épouse en 2009, la famille n'a plus de répit: « Nous vivons une vie en fuite... Nos vies sont menacées», déplore Ashiq Masih. «Nous recevons constamment des menaces de mort et nous nous déplaçons d'un endroit à l'autre, en essayant de nous soutenir les uns les autres », a-t-il dit, ajoutant: « J'ai passé presque 45 ans de ma vie dans mon village natal. J'avais beaucoup d'amis là-bas. Mais maintenant, je ne veux plus y retourner. »

En avril dernier, Mian Saqib Nisar, président de la Cour suprême pakistanaise, avait apporté son soutien à la jeune femme, déclarant qu’il présiderait lui-même le siège à la Cour suprême et règlerait l’affaire.

Asia Bibi est en prison depuis 9 ans et risque la peine de mort par pendaison. Elle est accusée d'avoir prétendument fait des commentaires désobligeants à l'égard du prophète Mahomet lors d'une dispute avec une femme musulmane autour d'un verre d'eau. 

La communauté chrétienne craint pour la sécurité d'Asia Bibi

Asia Bibi (de son vrai nom Aasiya Noreen) est mère de 5 enfants et fervente catholique. Toute la communauté chrétienne pakistanaise la soutient et craint pour sa sécurité. 

Même si elle gagne son appel et que sa condamnation pour blasphème est annulée, elle peut être la cible de violences, car de nombreux extrémistes islamiques pakistanais sont convaincus qu'elle mérite de mourir.

Les deux principaux soutiens d'Asia Bibi, les hommes politiques Salmaan Taseer et Shahbaz Bhatti, ont été tués en 2011. Ils avaient fermement soutenu le cas de la jeune femme et plaidé pour une réforme des lois sur le blasphème dans le pays.

Des groupes religieux radicaux inquiètent les juges de la Cour suprême

Dans cette affaire, la crainte augmente au Pakistan depuis que des groupes religieux radicaux ont appelé à des manifestations de masse et menacé les juges de la Cour suprême d'Islamabad avant qu'ils ne rendent leur décision.

Lors d'une conférence de presse sur YouTube, le parti islamique le plus dur, Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), a menacé les juges, affirmant que si Asia Bibi était graciée, ils connaîtraient une fin «horrible».


Un autre groupe religieux, la Mosquée rouge d'Islamabad, a demandé à la Cour suprême d'ordonner qu'Asia Bibi ne puisse pas quitter le pays si elle est libérée.

Les chrétiens ne représentent qu'1,5 % de la population totale du Pakistan. Ils sont largement discriminés. 187 des 702 cas de blasphème enregistrés entre 1990 et 2014 concernaient des chrétiens.