À Karamles, les traces de violents combats sont encore visibles. Le 24 octobre 2016, l’armée irakienne libérait cette petite ville où vivaient 650 familles chrétiennes avant l’arrivée du groupe État islamique à l’été 2014.

« Nous sommes si heureux d’être de retour »

Même si les chrétiens hésitent à rentrer, Thabet, un responsable d’église originaire de Karamles les encourage inlassablement à venir reconstruire la ville et à s’y installer. « Nos racines sont ici », leur dit-il. Lorsqu’il est revenu dès novembre 2016, il a commencé par ériger une croix sur une colline aux portes de la ville, qui se voit depuis toutes les maisons. Certaines familles ont suivi son appel, comme celle de Noé, 12 ans. « Nous sommes si heureux d’être de retour à Karamles, même s’il y a beaucoup à reconstruire », dit son père.

Entre la crainte et l’espoir

Amer*, un chrétien de Mossoul, explique ce qui retient encore de nombreux chrétiens de revenir dans la plaine de Ninive : « Bien avant l’arrivée du groupe État islamique, il y avait déjà une montée des positions extrémistes et de l’hostilité à l’égard des chrétiens. Ce ne sont pas les choses visibles qui ont changé. C’est dans le cœur des gens que cela s’est passé. »

La question de l’après-Daech

Une autre raison retenant les chrétiens : la question de l’après-Daech. Chaque partie ayant combattu contre le groupe État Islamique cherche à prendre « sa part du gâteau ». La reprise de Kirkouk par l’armée irakienne en début de semaine en est un exemple. Les Kurdes s’y étaient installés à la faveur des combats contre Daech.

Mobiliser la communauté internationale

Les minorités (chrétienne et yézidie) risquent d’être les grandes perdantes de ce nouveau partage de la Plaine de Ninive… à moins que la communauté internationale ne se mobilise. La pétition lancée par Portes Ouvertes a recueilli plus de 500 000 signatures à l’international. Elle sera présentée en décembre à l’ONU. « Si la communauté internationale et le gouvernement irakien nous soutiennent, garantissent nos droits et protègent notre identité, l’avenir sera très bon », souligne Thabet.

*Pseudonyme