Le pasteur Alain Toledano Valiente, un responsable religieux en exil, s’est vu refuser l’entrée à Cuba. Il souhaitait s’y rendre pour rendre visite à l’une de ses filles, atteinte d’un cancer du sein à un stade avancé.
C’est sur les réseaux sociaux que le pasteur Toledano a annoncé la nouvelle: à son arrivée à l’aéroport de Santiago de Cuba, les agents de l’immigration lui ont refusé l’entrée et l’ont contraint à reprendre l’avion.
«Les tyrans m’attendaient; tout était orchestré dès mon arrivée. J’ai été retenu à l’immigration et interdit d’entrer. Me voilà exilé pour la deuxième fois de mon propre pays», a-t-il écrit, photos à l’appui.
Un climat d’hostilité durable
Cet épisode s’inscrit dans une longue histoire de pressions contre ce responsable de l’Église Emmanuel, également membre du Mouvement apostolique, un réseau protestant non reconnu par l’État cubain. Depuis des années, le pasteur subit l’étroite surveillance de la Sécurité d’État en raison de ses cultes indépendants et de son engagement constant pour la liberté religieuse.
Depuis l’étranger, il continue de dénoncer les atteintes à cette liberté fondamentale; un combat qui lui vaut encore aujourd’hui d’être considéré comme une «menace pour la Sécurité d’État». Il affirme qu’en mai de cette année, déjà, les autorités avaient empêché sa tentative de retour à Cuba.
Un exil prolongé
Le calvaire du pasteur Toledano dure maintenant depuis des années. En 2007, des agents du gouvernement avaient saisi et détruit tous les biens de son église: «Ils avaient tout emporté: nos affaires familiales, notre matériel de musique et de sonorisation. L’église s’est retrouvée sans terrain, sans propriété, sans lieu de culte, et nous, sans abri, à la rue», se souvient-il.
La persécution ne s’est pas arrêtée là. Dix ans plus tard, sa communauté avait subi un nouveau coup dur. Le 5 février 2016, soldats, agents de la Sécurité d’État et policiers avaient encerclé la propriété de l’église. Le bâtiment principal et la maison pastorale avaient été rasés. Son épouse, ainsi qu’une quarantaine de membres de la communauté, avaient été arrêtés.
En 2022, menacé d’emprisonnement, le pasteur Toledano a été contraint de quitter son pays. La Sécurité d’État lui avait alors accordé trente jours pour partir, au risque d’être condamné à une lourde peine de prison. Il s’était envolé vers les États-Unis avec son épouse et l’une de ses filles, où tous trois avaient obtenu une autorisation d’urgence pour entrer sur le territoire.
Un phénomène croissant de déplacements forcés
Le cas du pasteur Toledano s’inscrit dans une tendance plus large: de plus en plus de responsables religieux sont poussés à fuir Cuba ou à se déplacer à l’intérieur du pays face aux persécutions étatiques.
Selon les données de Portes Ouvertes, entre 2020 et 2024, au moins 44 cas de déplacements forcés ont été documentés, dont neuf exils à l’étranger. Cette stratégie répressive dépasse le cadre religieux: des figures politiques et des militants sociaux y sont également confrontés.
Rien qu’en octobre de cette année, le régime a exilé José Daniel Ferrer, dirigeant de l’Union Patriotique de Cuba (UNPACU), ainsi que Luis Robles Elizástigui, un jeune activiste connu pour son arrestation en 2020 après avoir manifesté pacifiquement avec une pancarte où l’on pouvait lire «Liberté».