Le 6 octobre 2025, le corps du Père Bertoldo Pantaleón Estrada, prêtre à Mezcala, dans l’État du Guerrero, a été découvert dans sa voiture. On avait signalé sa disparition deux jours plus tôt.

Les autorités ont lancé une enquête pour homicide aggravé, estimant que son chauffeur était le suspect numéro 1. Cet assassinat aggrave des statistiques alarmantes: depuis 1990, plus de 60 prêtres ont été assassinés au Mexique. 

La violence à l’encontre du clergé n’est pas nouvelle, mais sa fréquence et le niveau de sa brutalité augmentent.

D’après plusieurs organisations chrétiennes, le Mexique est désormais l’un des pays les plus dangereux en Amérique latine pour les prêtres. Dans de nombreuses communautés, ceux qui prennent des initiatives pour lutter contre le crime organisé sont considérés comme des menaces directes par les cartels.

Les prêtres réduits au silence

Quand des jeunes sont touchés par l’Évangile et s’éloignent de la drogue (dans les cas où ils la consomment, la vendent ou l’achètent), les mafias répondent avec violence, pour réduire au silence ceux qui défendent des positions plus favorables à une transformation sociale des personnes défavorisées.

Un mois avant le meurtre du Père Bartoldo, le 9 septembre 2025, deux prêtres avaient été victimes d’une attaque à main armée dans la ville de Zinapécuaro, dans l’État de Michoacán. Alors qu’ils conduisaient une voiture, des assaillants leur ont tiré dessus. L’un des prêtres a été blessé aux deux jambes, alors que l’autre a pu s’enfuir sans être touché. Ils ont tous les deux été hospitalisés dans la ville de Morelia et leur état est aujourd’hui stable.

Intimidations délibérées

Le procureur pense que cette attaque relevait d’une tentative de vol – les cartels étant friands du type de véhicule conduit par les deux prêtres. Mais les responsables religieux y voient beaucoup plus: «La violence est devenue incontrôlable», dénoncent-ils. Pour eux, il s’agit d’une stratégie délibérée des cartels pour intimider la population et contrôler le territoire.

«La violence est devenue incontrôlable.»

Dans les faits, le crime organisé ne s’en prend pas seulement à l’autorité de l’État, mais aussi à tous ceux qui œuvrent pour la paix et la justice et qui viennent en aide aux victimes. Or, l’Église est souvent à la pointe de la lutte contre les violences. Dans ce contexte, Jorge Jiménez (pseudonyme), chercheur pour Portes Ouvertes au Mexique, affirme que l’Église «demande des garanties pour le respect des droits humains et de la liberté de culte dans un pays où la violence risque de devenir de plus en plus la norme».