En Érythrée, le gouvernement ne reconnaît officiellement que l’islam sunnite et trois Églises chrétiennes: orthodoxe, catholique et protestante luthérienne. Si les autorités gouvernementales interviennent régulièrement dans les affaires internes de l’Église orthodoxe, les groupes chrétiens non traditionnels, tels que les Églises protestantes évangéliques, subissent la répression la plus sévère. Ils sont considérés comme des criminels et sont confrontés à des descentes de police, des emprisonnements et une marginalisation systémique.

Outre la persécution étatique, les chrétiens non reconnus subissent malheureusement également la persécution de l’Église orthodoxe érythréenne. Ainsi, les personnes qui fréquentent d’autres églises que celles de la tradition orthodoxe subissent une forte pression sociale, de la stigmatisation et des dénonciations. C’est ce qu’a expérimenté Hiwot.

Dénoncée et arrêtée pour sa foi

Hiwot est une chrétienne érythréenne ayant grandi dans une famille orthodoxe traditionnelle. Après avoir rejoint une église évangélique, elle a été confrontée à la persécution. «Certains religieux orthodoxes nous ont dénoncés. Ils ont informé la police, qui a fait une descente là où nous nous réunissions», explique-t-elle.

«Ils nous ont enfermés dans des conteneurs.»

Lorsque la police est arrivée, les jeunes hommes ont été battus, puis tous ont été emmenés en prison. «Ils nous ont enfermés dans des conteneurs métalliques inconfortables et glacials. C’est là qu’ils nous retenaient.»

Les autorités voulaient leur faire comprendre que leur foi était la cause de leurs souffrances. «Ils nous disaient: “Si vous déclarez ‘je quitte ma religion’, vous serez libres.” Ils nous ordonnaient de signer des papiers pour renier notre foi.»

«Il n’y a ni justice ni loi»

Hiwot et les autres détenus avaient peu d’espoir de sortir vivants de prison. «Nous savions que notre gouvernement avait déjà martyrisé des croyants, raconte Hiwot. Il n’y a ni justice ni loi.» Les chrétiens non reconnus sont régulièrement détenus sans qu’aucun procès ne soit tenu devant une institution judiciaire.

Aujourd’hui encore, de nombreuses personnes continuent d’être arrêtées, parfois même à l’école. «S’ils découvrent des gens qui fêtent un anniversaire d’enfant et entendent des chants chrétiens, ils viennent vous arrêter.»

Une bible découpée en morceaux

Hiwot est restée dix ans en prison. Sa détention a été extrêmement difficile. Pourtant, elle y a trouvé une profonde communion spirituelle. 

Quelqu’un est parvenu à faire entrer une bible en cachette: «Comme une seule bible ne suffisait pas pour nous tous, nous l’avons partagée en la découpant en morceaux, raconte Hiwot. Une fois la lecture terminée, nous devions la cacher dans nos vêtements.»

«Pendant notre séjour en prison, le Seigneur était tout ce que nous avions.»

Malgré les pressions et les violences des gardiens, Hiwot n’a jamais renié sa foi: «Quand nous leur avons dit que notre foi était dans nos cœurs et que nous avions le droit de croire, ils nous ont battus.»

Contre toute attente, Hiwot a finalement été libérée sans aucune explication. Pour elle, il s’agit d’un miracle. Malheureusement, de nombreux chrétiens restent encore emprisonnés. Hiwot continue de prier pour eux.