Depuis plus de vingt ans, la Somalie figure parmi les pays où les chrétiens sont le plus persécutés. Dans ce pays de la Corne de l’Afrique, croire en Jésus expose au rejet, à la prison, à la violence et à la mort. Dans un tel contexte, l’histoire d’Aweis ne devrait pas pouvoir être racontée. Et pourtant…

Aweis porte fièrement son châle somalien et son Injil, le Nouveau Testament.

Questionner les évidences

Aweis a grandi à la périphérie de Mogadiscio, la capitale de la Somalie, dans une famille de bergers nomades.

Son père, dignitaire musulman, le préparait à suivre ses traces. «À l’âge de 15 ans, mon père a compris que je ne serais pas le bon successeur, car je posais trop de questions sensibles, explique Aweis. Je n’ai jamais été en paix avec l’islam: plus j’étudiais, plus mes questions se multipliaient.»

À cette époque, le jeune homme cherchait des réponses. Chaque jour, pendant des heures, il écoutait la radio BBC World Service pour apprendre l’anglais.

«Un soir, je cherchais une fréquence de radio claire, se souvient Aweis. Mais au lieu de tomber sur la BBC, j’ai capté une émission chrétienne. En écoutant, je me suis dit: “Wow, ces Somaliens sont en train d’annoncer le message de Jésus-Christ!”»

À la recherche de vérité

Pour les Somaliens, être Somalien est indissociable du fait d’être musulman. Entendre un Somalien parler de Jésus était donc à la fois étrange et profondément marquant pour Aweis. Les jours suivants, il a continué d’écouter cette émission pour en apprendre davantage sur Christ.

Il est même allé jusqu’à écrire à l’émission de radio pour recevoir un Nouveau Testament, sans penser aux conséquences ou au danger que cela pouvait représenter.

Dès son plus jeune âge, Aweis se posait des questions sur sa foi. C’est en Jésus qu’il a trouvé des réponses.

«C’était avant tout une démarche intellectuelle, une curiosité spirituelle, explique Aweis. Je n’avais pas l’intention de me convertir ni de suivre Christ. Mais lorsque j’ai reçu le Nouveau Testament et que je l’ai lu, j’ai été touché par le message de Jésus.»

Ému par cette révélation, Aweis a voulu en faire part à son père. Ce dernier lui a répondu: «Je ne peux pas t’empêcher de lire la Bible. Mais si tu deviens chrétien, c’est moi qui te tuerai.» À ce moment précis, Aweis a compris qu’être chrétien pouvait lui coûter la vie.

Comme tes chaussures te protègent, ton clan aussi

Après sa conversion, Aweis a été rejeté par sa famille: «Ils refusaient de me parler, de manger avec moi, de passer du temps avec moi ou de m’inclure dans la vie familiale. J’étais devenu un paria, celui qui avait sali le nom de la famille.»

En choisissant de suivre Jésus, Aweis n’a pas seulement été rejeté par sa famille. Il a aussi perdu le soutien de son clan, ces «chaussures qui [le] protègent», comme l’explique un proverbe somalien. Sans lui, plus de valeur, plus d’importance, pas même une chance de survivre.

Pourtant, Aweis n’a jamais remis son choix en question: «Je savais que si Jésus, notre Rédempteur, avait été persécuté, à combien plus forte raison ses disciples le seraient-ils? À chaque persécution, je m’identifiais davantage à Christ et je me sentais plus proche de lui.»

Suivre Jésus seul

Pendant sept années, Aweis a suivi Jésus sans côtoyer d’autres chrétiens avec qui partager sa vie et sa foi.

Accablé par la solitude, il a pris le risque de rendre visite à une femme qu’il pensait être chrétienne, animé par le besoin vital de rencontrer d’autres croyants. Après avoir longuement hésité et prié Dieu de lui révéler les intentions d’Aweis, la jeune femme lui a finalement présenté Liban.

Durant les sept premières années de sa vie de chrétien, Aweis n’avait personne avec qui partager sa foi.

Pour Aweis, rencontrer un autre croyant a été un véritable cadeau: «Ce qui paraissait impossible est devenu réalité, parce que Dieu était à l’œuvre. J’avais enfin trouvé quelqu’un avec qui étudier la Bible. J’ai eu l’impression qu’un nouveau monde s’ouvrait devant moi!»

Aweis comprenait enfin ce qu’était la communion avec un frère en Christ.

«C’était la période la plus heureuse de ma vie depuis que j’avais rencontré le Seigneur.»

Ensemble, ils ont commencé à chercher d’autres croyants, convaincus qu’ils ne pouvaient pas être les seuls à suivre Jésus. Peu à peu, une communauté a vu le jour. Ils étaient finalement 14 membres à vivre la communion fraternelle.

Traqués

C’est à ce moment-là que la persécution a commencé. Les chrétiens qu’Aweis connaissait ont été traqués, puis tués les uns après les autres.

«Liban a été le premier à être assassiné, raconte Aweis avec douleur. Il se rendait à son travail lorsqu’il a été abattu par deux hommes du groupe islamiste Al-Tahat Al-Islamiyah. Peu de temps après, une autre personne a été tuée. Nous n’avions plus aucun doute: nous étions clairement visés.»

Malgré ce contexte de terreur, Aweis tenait ferme. Les membres de son groupe de maison recevaient régulièrement l’assurance que Dieu ne les abandonnait pas.

«Dieu nous guidait à chaque étape. Cela nous a rendus plus courageux. La persécution allait continuer et s’intensifier, mais nous en sortirions fortifiés.»

De manière bouleversante, après quelques années, ils n’étaient plus que deux survivants de ce groupe de maison. Tous les autres avaient été tués en raison de leur foi.

Aweis a alors pris la décision de quitter le pays pour guérir de ses blessures émotionnelles et spirituelles.

Former l’Église malgré les blessures

Aujourd’hui, Aweis est devenu théologien et traducteur de la Bible en somali. Il continue de servir les croyants somaliens dans la Corne de l’Afrique à travers la formation de disciples et de responsables d’église.

«Lorsque je vois comment le Saint-Esprit conduit cette petite Église, cela me remplit d’une joie particulière.»
Aujourd’hui théologien, Aweis œuvre pour l’Église somalienne et pour la traduction de la Bible en somali.

Malgré les nombreux dangers, Aweis reste fermement déterminé à poursuivre son ministère: «Ma vision pour l’Église somalienne, c’est qu’elle devienne une composante normale et acceptée. Un jour où l’on ne perdra plus ses enfants ou son conjoint à cause de sa foi. Un temps où l’État n’emprisonnera plus les croyants en raison de leur foi. J’aspire à voir venir ce jour.»

Quoi qu’il en coûte

Aweis ne souhaite plus vivre dans la peur: «La plupart des chrétiens somaliens vivant en Somalie restent dans la clandestinité, car ils doivent faire preuve d’une grande prudence. Mais pour nous, ceux qui ont la liberté de parler, nous nous devons de dire: “Nous sommes disciples de Christ et nous n’en avons pas honte.”»

Mais ce souhait a un prix: Aweis reçoit constamment des menaces de mort. Son service n’est pas un chemin aisé ni sécurisé. Pourtant, sa détermination ne faiblit pas. L’appel qu’il a reçu de Dieu est précieux à ses yeux.

«Jésus représente tout pour moi. Sans lui, ma vie n’aurait aucune valeur, elle ne vaudrait pas la peine d’être vécue.»

Aweis souhaite que de plus en plus de personnes fassent l’expérience de l’amour et de la grâce salvatrice de Jésus. «Nous voulons que les persécuteurs eux-mêmes suivent le Seigneur, explique-t-il. Nous voulons que Dieu ouvre leurs yeux. Ils pourraient, à leur tour, porter l’Évangile dans toute la Corne de l’Afrique.»

Ses mots s’imposent avec conviction: «Il n’existe aucun endroit où il serait impossible de suivre Christ. Aucun. Le Saint-Esprit peut franchir tous les murs.»

«Aux hommes, cela est impossible, mais à Dieu tout est possible.» (Matthieu 19:26)

Ensemble, prions avec les mots d’Aweis.