Enlevée à 14 ans dans son école au Nigéria, Leah Sharibu est toujours captive de ses ravisseurs. Derrière ce nom devenu célèbre se trouve une famille qui continue d’espérer son retour.
À Dapchi, dans l’État de Yobe, au nord-est du Nigéria, Leah Sharibu mène une vie semblable à celle de nombreuses autres adolescentes de 14 ans.
Pour sa mère Rebecca, Leah est une fille calme, patiente et profondément attachée à sa foi chrétienne. Rien ne laisse présager que son nom deviendra bientôt connu dans le monde entier.
Le soir où les combattants sont entrés dans Dapchi
Le 19 février 2018, en fin de journée, des coups de feu éclatent dans la ville. Rebecca entend les tirs et apprend que les combattants de l’ISWAP (groupe État islamique en Afrique de l’Ouest, issu d’une scission avec Boko Haram) sont entrés dans Dapchi.
Au matin, les familles se précipitent vers l’école. Des élèves réapparaissent peu à peu après s’être réfugiées dans la brousse, mais l’inquiétude grandit: de nombreuses filles manquent toujours à l’appel.
Plus tard, Rebecca apprendra comment les assaillants ont attiré les élèves hors de l’école. Ils leur auraient crié que Boko Haram arrivait, qu’ils étaient des soldats et qu’ils venaient les aider. Les filles sont alors montées dans leurs véhicules en leur faisant confiance.
110 élèves disparues
Une vérification est finalement organisée: 110 filles manquent à l’appel. Rebecca comprend que Leah est parmi elles. Pendant plusieurs semaines, les familles vivent dans l’angoisse.
Un mois plus tard, la nouvelle tant attendue arrive: toutes les jeunes filles ont été relâchées. Mais alors que Rebecca se précipite pour retrouver sa fille, Leah n’est pas là.
Pendant la captivité, les ravisseurs ont demandé aux chrétiennes de se signaler. Malgré les tentatives de ses amies pour l’en dissuader, Leah a courageusement levé la main. Les ravisseurs lui ont alors demandé de renoncer au christianisme et d’accepter l’islam en échange de sa liberté, mais Leah n’a pas cédé.
Sur les 110 jeunes filles enlevées, 104 ont retrouvé leur famille, tandis que 5 ont perdu la vie durant la captivité. Leah, elle, est la seule à rester captive d’ISWAP – la seule aussi à avoir refusé de renier sa foi chrétienne.
L’attente qui commence
Pour ses parents, la douleur est immense. Rebecca se souvient avoir perdu connaissance lorsqu’elle a compris que sa fille ne faisait pas partie des jeunes filles revenues à la maison. Commence alors une longue période d’incertitude, durant laquelle la famille reste sans nouvelles de Leah.
Puis, le 28 août 2018, un enregistrement audio de 35 secondes est rendu public par le média The Cable. Dans ce message, Leah demande de l’aide au président nigérian et lance également un appel pour sa famille: «Je supplie également les autres habitants d’aider ma mère, mon père, mon frère cadet et ma famille. Aidez-moi à sortir de cette situation difficile. Je vous supplie de me traiter avec compassion. Je demande au gouvernement, en particulier au président, d’avoir pitié de moi et de me sortir de cette grave situation. Merci.»
Pour Nathan et Rebecca Sharibu, cet enregistrement est un immense soulagement. Après des mois d’incertitude, ils ont enfin la preuve que leur fille est toujours en vie.
Entre silence et espoir
Quelques semaines plus tard, The Cable reçoit un autre message des ravisseurs de Leah. Cette fois-ci, il s’agit d’une vidéo où ils annoncent que sans réaction de la part du gouvernement nigérian, Leah sera exécutée. Finalement, ses ravisseurs renoncent à l’exécuter, mais Leah reste esclave.
Depuis, les nouvelles de la jeune fille arrivent par fragments. Certaines évoquent un mariage forcé avec un ou plusieurs de ses ravisseurs, d’autres des enfants nés pendant sa captivité.
Face aux nombreuses rumeurs qui circulent régulièrement, Rebecca et Nathan s’accrochent surtout à ce message que Leah leur avait fait transmettre par l’une des jeunes filles relâchées:
«J’ai confiance qu’un jour je reverrai vos visages. Si ce n’est pas ici sur terre, cela sera au ciel, dans les bras de notre Seigneur Jésus-Christ.»
Les années passent, mais Rebecca continue de penser à sa fille au quotidien. Elle refuse de céder au désespoir. Sa foi demeure sa principale source de force. Elle continue de prier pour Leah, mais aussi pour ceux qui la retiennent captive.
Leur fille avant tout
Au fil des années, l’histoire de Leah a été relayée par de nombreuses organisations chrétiennes et des défenseurs de la liberté religieuse. Son histoire rappelle celle de nombreuses femmes et jeunes filles enlevées par des groupes extrémistes dans la région.
Mais pour ses parents, Leah n’est pas un symbole. Elle est une fille dont la place est restée vide autour de la table familiale depuis février 2018.
Dans leur dernière prise de parole publique, ils se sont adressés directement à elle: «Leah, où que tu sois, nous t’aimons au-delà de toute mesure. Nous sommes fiers de ta foi inébranlable. Reste forte. Le secours arrive. Des voix s’élèvent pour la justice.»
Aujourd’hui encore, Nathan et Rebecca Sharibu continuent d’espérer le jour où cette attente prendra fin.
Leah Sharibu, une des filles kidnappées par Boko Haram au Nigéria, préfère rester aux mains de ses ravisseurs plutôt que de ...