Bashar Laham est responsable d’église à Damas. Malgré la situation actuelle de l’Église en Syrie et les chrétiens qui quittent le pays, il garde espoir: l’Église ne disparaîtra pas.
Le nombre de chrétiens en Syrie est passé d’1,8 million en 2011 à environ 300.000 aujourd’hui. Pourquoi les chrétiens quittent-ils le pays? Quelles en sont les conséquences?
Bashar Laham — Jusqu’en 2011, nous étions habitués à la sécurité en Syrie. Les premières difficultés survenues cette année-là ont ébranlé la communauté chrétienne, créant de l’insécurité et de l’instabilité.
Pour certains chrétiens, quitter le pays a semblé être la meilleure option. Pour ceux qui restent et qui résistent, l’instabilité et l’insécurité sont des défis quotidiens.
Pour que l’Église syrienne prospère, nous avons besoin de la présence des jeunes, mais malheureusement, au fil du temps, nous les perdons. Une Église privée de sa jeunesse est une Église sans avenir; inversement, une jeunesse sans Église n’a pas d’avenir. Nous tentons de réveiller cette jeune génération pour qu’elle assure la pérennité de l’Église en Syrie.
Comment l’attentat à la bombe du 22 juin 2025 a-t-il affecté l’Église syrienne?
B. L. — En Syrie, c’est à l’église que nous trouvons notre sécurité. Lorsque j’étais petit, si mes parents me perdaient de vue, ils savaient qu’ils me retrouveraient dans notre église.
Aujourd’hui, nous entendons beaucoup de chrétiens dire qu’ils sont effrayés. Ils ont peur d’être tués en allant à l’église.
L’histoire de la Syrie et du Moyen-Orient a été marquée par des guerres et des persécutions. Mais l’Église a traversé ces moments douloureux de l’histoire; c’est pourquoi, malgré tout, le peuple chrétien reste résilient. Quelle que soit l’hostilité à laquelle nous faisons face, nous tenons ferme sur cette terre.
Quel est votre espoir pour l’avenir de l’Église en Syrie?
B. L. — Mon espoir est que, quelle que soit l’évolution du climat sécuritaire, les chrétiens syriens restent ancrés dans notre longue histoire de persécution.
Sans la foi des premiers apôtres, nous-mêmes ne connaîtrions pas Christ aujourd’hui. Nous avons des rituels quotidiens pour nous souvenir des martyrs, et cela nous console.
Les chrétiens seront la lumière, le sel et le levain qui fermente; ils éclaireront ceux dont le cœur est assombri. Avec le temps, j’ai toute la foi que le Seigneur pénétrera ces cœurs, les changera et les transformera.
Comment Portes Ouvertes aide-t-elle l’Église syrienne en cette période d’incertitude?
B. L. — À travers ses partenaires locaux, Portes Ouvertes affermit les chrétiens, en soutenant par exemple les familles par une aide matérielle.
Après l’attentat de l’église Saint-Élie de Damas, je me suis investi dans le programme d’accompagnement post-traumatique. J’avais déjà suivi la formation en relation d’aide dispensée par Portes Ouvertes. Nous avons eu la possibilité d’offrir du soutien et une écoute aux personnes qui avaient été touchées par l’attentat, le tremblement de terre ou les différentes vagues de violences.
Que vivent les chrétiens en Syrie?
Dans un contexte de violences confessionnelles et communautaires, sans État de droit, des chrétiens sont tués et des églises attaquées. Depuis l’année dernière, les églises réduisent leurs activités.
Les éléments liés à l’islamisme effraient de plus en plus les chrétiens. Ils sont surveillés à Alep, incités à se convertir à l’islam à Damas, et insécurisés dans le centre et le nord du pays par la présence de groupes extrémistes.
Dans plusieurs quartiers chrétiens, des menaces de mort ont été taguées sur les murs ou sur les façades d’églises, accentuant la pression. Des offices religieux ont également été interrompus par des individus récitant des versets du Coran et appelant les paroissiens à se convertir à l’islam.
Dans certaines villes, des groupes d’hommes ont remplacé le drapeau national syrien par le drapeau islamiste portant l’inscription «Il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah».
Pour que la Syrie se relève, nous avons besoin de soutien.
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