Dans le «cercle du silence», au Mexique, traditions religieuses et crime organisé créent un climat où les femmes chrétiennes sont particulièrement vulnérables.
Dans le centre du Mexique, la foi ne s’exprime pas à voix haute. Le «cercle du silence» est une région très fermée à l’Évangile.
C’est là que, dans les années 1920, est survenue la guerre des Cristeros, lorsque le gouvernement mexicain a entrepris de reprendre le contrôle de l’état civil, jusque-là assumé par l’Église catholique. En réaction, les ancêtres des habitants de cette région ont pris les armes pour se défendre.
Les martyrs morts durant ce conflit sont largement vénérés par les populations sur place: beaucoup leur attribuent un pouvoir quasi divin, les considérant capables d’accomplir des miracles.
De la persécution… dans un pays chrétien?
Progressivement, des pratiques à la croisée des croyances indigènes traditionnelles et du catholicisme se sont imposées, reléguant le christianisme biblique à la marge.
Dans ce contexte, abandonner la religion héritée de sa famille revient à renier son histoire et son identité, à rejeter le sacrifice des ancêtres.
Pour les chrétiens, exprimer publiquement leur foi est devenu risqué: participer à une étude biblique ou témoigner de ses convictions peut susciter critiques, menaces, voire agressions.
Faire face à la violence armée
À cette pression religieuse s’ajoute un autre facteur majeur de persécution: le crime organisé. Les cartels exercent une surveillance étroite sur les populations.
L’arrivée de visiteurs ne passe pas inaperçue auprès des groupes armés: ils sont suivis, observés, parfois interrogés, ce qui complique les déplacements des responsables d’église et des missionnaires.
Fusillades, enlèvements et violences diverses font partie du quotidien et construisent un climat de peur pour les chrétiens, qui sont ciblés car considérés comme des obstacles aux intérêts des groupes armés.
Les femmes en première ligne
Les femmes, en particulier, sont fortement exposées aux dynamiques de persécution. Dans la communauté de Carmen (pseudonyme), les femmes sont censées préserver les traditions et se conformer aux pratiques spirituelles transmises par leurs familles.
Choisir de suivre Jésus est perçu comme un acte de rébellion: non seulement contre la religion dominante, mais aussi contre le rôle qui leur est assigné comme épouses, mères et filles.
«À partir de maintenant, tu n’es plus ma fille, tu n’es plus ma mère. Je te rejette.»
Certaines femmes souffrent de tentatives de leurs maris pour leur retirer la garde de leurs enfants. Celles qui ont des responsabilités dans leur église, comme l’enseignement biblique et l’animation de petits groupes, sont plus exposées à la persécution. La perte d’emploi après une conversion est également très courante.
Quand le silence laisse place au dialogue
Dans ce contexte particulièrement hostile, Portes Ouvertes apporte un soutien essentiel pour ces femmes. Nous avons notamment mis en place la formation «Tenir ferme dans la tempête», conçue pour préparer les croyants à faire face à la persécution. C’est la formation que Beatriz et son mari Marcos ont reçu et qui leur permet de tenir ferme dans leur ministère.
Dans une région du Mexique fermée à l’Évangile, Beatriz tisse des liens avec des femmes du village malgré les risques et la ...
Cette formation joue un rôle déterminant dans l’accompagnement des femmes. Elle leur fournit un soutien pratique, une formation spirituelle et des ressources de mentorat qui les aident à faire face à la persécution. Certaines femmes ayant vécu des violences ou des ruptures profondes ont également été accompagnées à travers des soins post-traumatiques.
«Avant, je réagissais avec colère. Dieu m’a transformée.»
— Carmen
Retrouver sa voix
Fortifiées par cet accompagnement, des femmes comme Carmen redécouvrent peu à peu leur identité. Ce n’est plus la persécution qui les définit, mais leur foi et leur courage.
Avec le temps, Carmen a appris à répondre à l’hostilité avec sagesse et douceur: «Avant, je réagissais avec colère. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les gens me disent que j’ai changé, et c’est vrai. Dieu m’a transformée.»
Au cœur du «cercle du silence», la foi de ces femmes, longtemps murmurée, devient peu à peu un chœur d’espérance. Derrière des portes closes, elles étudient la Bible, prient et s’encouragent mutuellement.
Lentement mais sûrement, elles réécrivent l’histoire de ce que signifie être une femme de foi au cœur du Mexique.