Ingénieur de formation, Molham a investi toutes ses économies dans un café familial à al-Suqaylabiyah, une ville à majorité chrétienne.

Pour ce jeune père de famille, cette ville semblait être l’endroit idéal pour construire une vie de famille avec sa femme, enceinte de leur deuxième fille, et Christina, leur première fille de cinq ans. «Je n’aurais jamais imaginé que tout ce que j’avais construit puisse s’écrouler en un seul après-midi», confie-t-il.

Quand la peur entre dans le quotidien

Dans son café, Molham appliquait une règle claire: l’établissement était réservé aux familles. Mais dans un contexte de tensions croissantes, cette règle devenait de plus en plus difficile à maintenir.

«Depuis le changement de gouvernement, des hommes viennent avec des armes à la ceinture, explique Molham. C’est un poids constant sur mon cœur. J’ai souvent pensé à fermer définitivement le café, car j’avais peur pour la sécurité de ma femme lorsqu’elle venait m’aider.»

«C’était une attaque contre notre existence»

Le vendredi 27 mars 2026, un groupe d’hommes venus d’un autre village a tenté d’entrer dans l’un des cafés d’al-Suqaylabiyah. Comme l’entrée leur a été refusée, ils sont restés dehors, fixant les jeunes filles à l’intérieur. Une altercation a éclaté, avant qu’ils ne soient finalement chassés.

Quelques heures plus tard, plus d’une centaine d’hommes sont arrivés à moto. Ils se sont mis à briser les vitrines des magasins et les pare-brise des voitures garées dans les rues. Arrivés devant les cafés, ils s’en sont pris aux commerces les uns après les autres, y compris celui de Molham.

La vitrine du café de Molham après l’attaque.

Très vite, il est apparu que l’attaque visait les chrétiens en tant que communauté. Les assaillants ont lancé des insultes contre les chrétiens et leur foi, tout en appelant à s’en prendre aux habitants d’al-Suqaylabiyah. Pour Molham, cela ne fait aucun doute: «Ce n’était pas simplement une bagarre entre jeunes. C’était organisé. C’était une attaque contre notre existence.»

Un père face au danger

Quand Molham a appris que la foule arrivait, il a réagi très vite. En quelques minutes, il a mis sa femme et Christina à l’abri chez eux. Puis il est retourné au café, a demandé à tout le monde de partir, a éteint les lumières et verrouillé les portes.

Quand il est rentré chez lui et qu’il a retrouvé sa fille, Christina, la petite était terrifiée. «Elle me serrait la main très fort et me disait: “Papa, viens te cacher avec moi”», se souvient-il. Molham se sentait impuissant: «Je voulais protéger tout le monde. Mais eux avaient des armes et nous n’avions rien. C’est terrible de se sentir ainsi.»

Le lendemain matin, Molham est revenu sur les lieux et a découvert une scène de destruction. Les vitres avaient volé en éclats, les chaises étaient brisées, les écrans de télévision criblés d’impacts de balles.

Transformer les impacts de balles en signes d’espérance

Au lieu de laisser ces «traces de mort» l’abattre, Molham a choisi de répondre par la foi. À l’approche de Pâques, ce père de famille a posé un geste fort.

Un miroir que Molham et sa famille ont décoré à l’intérieur du café.

En décorant les cicatrices laissées par l’attaque, il a rappelé à sa communauté une vérité: comme Jésus a vaincu la mort par sa résurrection, les chrétiens peuvent répondre au mal par la foi.

C’est leur foi qui les aide à tenir: «Nous croyons au plan de Dieu pour nous, et nous continuerons à nous battre pour vivre en paix», explique Molham.

La terreur dans le cœur de Christina

Les bâtiments peuvent être réparés. Les chaises peuvent être remplacées. Mais chez Molham et sa famille, les blessures invisibles mettront beaucoup plus de temps à guérir. Les dégâts les plus profonds touchent le cœur de la petite Christina.

«Elle supplie constamment sa mère de m’appeler, raconte Molham, les yeux remplis de larmes et le visage marqué par l’épuisement. Je me demande parfois… comment pourrais-je lui rendre le sentiment de sécurité qu’elle a perdu? Je me surprends même à me demander s’il est juste de mettre au monde un autre enfant dans un monde comme celui-ci.»

Depuis l’attaque, le moindre silence peut devenir une source de terreur pour la petite fille. Si Molham est occupé et ne répond pas immédiatement au téléphone, elle fond en larmes. Pour Christina, un appel manqué ne signifie pas que son père est occupé. Il signifie que quelque chose de terrible a pu lui arriver.

Au quotidien, vivre avec la peur

En Syrie, les chrétiens sont aujourd’hui confrontés à un niveau extrême de persécution et d’insécurité. La recrudescence des opérations militaires menées par le groupe État islamique depuis octobre 2024 renforce le sentiment d’insécurité qui traverse les minorités syriennes.

Si plusieurs projets d’attentats dirigés contre des églises ont été déjoués ces derniers mois par les forces de l’ordre syriennes, cela ne suffit pas à rassurer les chrétiens: ils doivent vivre avec la menace permanente de nouvelles attaques.

Les partenaires locaux de Portes Ouvertes aident des familles comme celle de Molham en réparant les commerces endommagés. Ce soutien leur permet de reprendre une activité pour subvenir à leurs besoins et, peu à peu, de se reconstruire.

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