Le soir de l’attentat contre l’église Saint-Élie de Damas, le 22 juin 2025, Jenny était assise avec une amie devant chez elle, dans le quartier de Dweila. Vers 18h30, le bruit des coups de feu a déchiré le calme du soir… suivi d’une explosion.

Comme la plupart des Syriens, Jenny ne connaît que trop bien les bruits de la guerre; les quatorze années de la guerre civile ont marqué la majeure partie de ses 25 ans de vie. «Le bruit de l’explosion était si fort qu’il nous a ramenés dix ans en arrière, à l’époque du conflit», se souvient la jeune femme.

À ce moment-là, Jenny ignorait encore que l’explosion avait frappé l’église où son père assistait au culte… l’endroit même où elle se serait trouvée si son amie n’était pas venue.

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Une course contre l’angoisse

Quand Jenny a compris de quelle église il s’agissait, le temps s’est comme arrêté. «J’ai commencé à appeler mon père sur ses deux numéros, raconte Jenny. Un téléphone était éteint; l’autre sonnait dans le vide. Puis, après trois tentatives, quelqu’un a répondu. L’homme au bout du fil m’a dit qu’il avait trouvé le téléphone par terre. Il a dit qu’il ignorait si son propriétaire était vivant ou mort.»

La route entre la maison de Jenny et l’église lui a semblé interminable: «Quand je suis enfin arrivée, il y avait des gens partout: certains allongés au bord de la route, d’autres qui criaient…» Son père était introuvable. Jenny a appris qu’il avait été transporté à l’hôpital, gravement blessé et nécessitant des soins urgents.

L’attente à l’hôpital

«Le mari de ma tante et un autre de mes oncles sont arrivés avant moi à l’hôpital, se souvient Jenny. Ils m’ont dit que mon père était au bloc opératoire.» Jenny ne pouvait rien faire, alors elle a fait la seule chose qu’elle pouvait: prier.

Pendant ce temps, un ami de la famille et l’une des tantes de Jenny (tous deux également présents lors de l’attentat) ont été déclarés morts. «La scène s’est passée juste devant moi, raconte Jenny. La famille de ma tante pleurait et hurlait de douleur. J’ai levé les yeux et j’ai prié: “S’il te plaît, Seigneur, je suis prête à prendre soin de mon père pour le restant de mes jours, alors ne me fais pas vivre ce qu’eux viennent de vivre.”»

Mais quelques instants après, la nouvelle tombait: son père était décédé. Pour Jenny, c’était le début d’une épreuve: «Les premiers jours, j’étais sous le choc. Je ne pouvais ni parler ni pleurer.»

Un cadeau de Dieu

Malgré la douleur, Jenny voit la main de Dieu dans la façon dont elle s’est rapprochée de son père quelques mois avant sa mort. «Quand l’ancien régime est tombé, mon père a démissionné de son travail, raconte-t-elle. Comme il était en permanence à la maison, cela nous a rendus encore plus proches de lui.»

«Même s’il nous manque énormément, je sais qu’il est maintenant auprès de Jésus.»

Durant cette période, Jenny a quitté Soueïda, une ville du sud de la Syrie, pour revenir chez ses parents à Damas. «Peut-être que le Seigneur voulait que je vive ce moment auprès de mes parents, dit-elle. Ma douleur aurait été bien plus grande s’il était mort alors que j’étais loin.»

Transformer la douleur en soutien

Jenny fait partie des Syriens diplômés de la formation en relation d’aide lancée par un partenaire de Portes Ouvertes. «Je savais que je vivais un traumatisme et un stress post-traumatique, alors j’ai essayé de surmonter ce que je traversais en utilisant les méthodes que j’avais apprises», explique-t-elle.

Nos partenaires locaux ont commencé à proposer un soutien psychologique aux chrétiens syriens traumatisés. Jenny y intervient en tant qu’accompagnante. Elle met aujourd’hui à profit sa formation pour traverser non seulement son propre deuil, mais aussi celui des autres: «C’est mon devoir d’être à leurs côtés et de les soutenir, comme j’ai moi-même été soutenue.»

Plus forte que la peur

Récemment, Jenny est retournée à l’église Saint-Élie – une démarche difficile, mais nécessaire pour elle. «Les chrétiens sont persécutés partout dans le monde, mais le Seigneur est de notre côté. Oui, l’Église restera debout.»

Comme Elias et sa famille, survivants de l’attentat, Jenny choisit de faire confiance à Dieu et de s’appuyer sur sa foi.

Pour résister à la peur, les chrétiens syriens ont besoin de vos prières: «La prière est ce dont nous avons le plus besoin en ce moment, explique Jenny. Nous avons besoin de l’aide de Dieu pour traverser ce que nous vivons.»

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