La plus ancienne église protestante d’Iran devrait être saisie et détruite d’ici peu. Plusieurs familles qui y vivaient depuis plusieurs années ont déjà été expulsées.
Fondée en 1876, l’église Saint-Pierre revêt, en plus d’une grande importance historique, une valeur inestimable pour la communauté protestante de Téhéran.
Son enceinte accueille 20 familles chrétiennes, 12 appartenant à la minorité arménienne et 8 à la minorité assyrienne, toutes deux officiellement reconnues en Iran.
Des menaces et un risque de destruction imminent
Le 16 juin 2026, les autorités iraniennes ont ordonné aux responsables de l’église d’expulser les familles chrétiennes, les menaçant d’arrestation en cas de refus d’obtempérer. Selon ces responsables, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a fait établir un nouvel acte de propriété à son nom, s’attribuant ainsi la propriété de l’église Saint-Pierre ainsi que de son enceinte.
Les 20 familles qui y vivaient jusqu’alors sont d’office transformées en prétendues intrues. La plupart résidaient dans l’enceinte de l’église depuis de nombreuses années et disposent de faibles revenus. Le vendredi 10 juillet, on nous rapportait qu’au moins sept familles avaient déjà quitté les lieux. Elles ont jusqu’au jeudi 16 juillet pour quitter le bâtiment.
«Elles n’ont aucune chance de survie sans le soutien de l’église», affirme un ancien pasteur de la paroisse.
Les fidèles ont quant à eux été invités à trouver un nouveau lieu de culte. Il est à craindre que les biens de l’église soient saisis et que l’ensemble du complexe soit entièrement démoli.
Une décision de justice très ancienne
Ces pressions font suite à une récente décision d’un organisme public de faire appliquer une décision de justice rendue il y a près de trente ans.
En effet, c’est en 1998 qu’un tribunal révolutionnaire décrète que l’ensemble du complexe de l’église Saint-Pierre doit être remis au Siège de l’application de l’ordre de l’imam Khomeini (SAOIK). Mais cette décision de justice n’est rendue publique que dix ans plus tard, en 2008: le Conseil des Églises évangéliques d’Iran, auquel l’église Saint-Pierre appartient, s’empresse alors de contester la décision, en vain. L’affaire est classée par la République islamique, bloquant ainsi toute voie de recours.
Une nouvelle pression est appliquée sur l’église Saint-Pierre en février 2012, lorsque ses responsables sont contraints de mettre fin aux offices en langue persane, langue officielle du pays, afin d’empêcher les chrétiens convertis d’arrière-plan musulman d’y assister.
Les récents événements ne font que confirmer un durcissement du régime iranien à l’égard des églises protestantes.
Une «logique de confiscation»
Cette affaire intervient peu après la démolition de l’église protestante historique de Mashhad, au nord-est de l’Iran.
Autrefois, l’Iran comptait une cinquantaine d’églises protestantes; seule une douzaine d’entre elles sont encore autorisées à fonctionner aujourd’hui. Elles n’ont pas d’autre choix que d’exercer leur service dans les langues assyrienne ou arménienne, et non en persan.
Shirin Ebadi, éminente avocate iranienne et lauréate du prix Nobel, a déclaré que l’attaque contre l’église Saint-Pierre s’inscrit dans «la continuité de la même politique menée depuis des années à l’encontre des chrétiens iraniens, en particulier des convertis: fermeture des églises de langue persane, menaces à l’encontre des responsables religieux, arrestation des convertis, poursuites à leur encontre sur la base de fausses accusations liées à la sécurité, et élimination progressive de la présence des chrétiens de l’espace public du pays.»
«Aujourd’hui, la portée de cette pression touche désormais les biens historiques, les anciennes églises, et même les lieux où vivent les citoyens arméniens et assyriens. C’est la même logique de confiscation: d’abord, les citoyens sont privés de leurs droits évidents, puis leur culte est interdit, ensuite leurs maisons et leurs églises leur sont retirées, et enfin ils sont expulsés de leurs foyers et de leurs biens ancestraux.»