En Chine, aller à l’église peut être un acte surveillé. Pour de nombreux chrétiens, prier, lire la Bible ou chanter dépend du lieu, du type d’église et du contrôle exercé par les autorités.

Une réalité qui s’inscrit dans une histoire longue

Lors de la Révolution culturelle (1966–1976), Mao Zedong avait tenté d’éradiquer toute religion. Pourtant, à la fin du XXᵉ siècle, le christianisme en Chine a connu l’un des plus grands réveils de l’histoire! Mao avait «mis dans le cœur des gens le désir d’une vraie religion, puis il les a tellement déçus qu’ils ont continué à chercher jusqu’à ce qu’ils trouvent le seul vrai Dieu» (1). 

Portées par des évangélistes parcourant les campagnes, les églises de maison clandestines se sont donc secrètement multipliées à partir des années 1980. On compte ainsi aujourd’hui près de 100 millions de chrétiens en Chine! Devant cet essor, le gouvernement cherche aujourd’hui à contrôler à nouveau plus étroitement les églises, car la religion est perçue comme un contre-pouvoir potentiel. 

Bien que la Constitution chinoise garantisse la liberté de religion, les chrétiens ne peuvent officiellement pratiquer leur culte que dans des églises reconnues par l’État, qui garde un droit de regard sur le contenu des prêches, ainsi que sur la formation et la nomination des responsables. Ces églises doivent respecter la ligne du Parti communiste et participer à la «sinisation» du christianisme, c’est-à-dire adapter leur message aux objectifs et à l’idéologie de l’État chinois.

Pourquoi certaines églises deviennent clandestines

De nombreux chrétiens sont ainsi poussés à vivre leur foi en dehors du système officiel. Les églises non enregistrées, considérées comme illégales mais tolérées dans les années 2000, subissent désormais une pression accrue. Pour éviter d’être repérées, beaucoup se font plus discrètes: réunions en petits groupes, changements de lieu, rencontres dans des maisons ou temps de prière en ligne par des moyens sécurisés.

Les relations entre églises reconnues et églises clandestines restent complexes. Même si elles partagent la même foi et entretiennent parfois des liens personnels, elles fonctionnent généralement séparément. Certains chrétiens fréquentent les deux, mais beaucoup de chrétiens clandestins considèrent le système officiel comme trop contrôlé, voire compromis.

Surveillance, arrestations et fermetures forcées

Ceux qui se réunissent dans des églises clandestines s’exposent à des risques importants. Ces assemblées peuvent être perquisitionnées sans avertissement, voire fermées de force. Lors des descentes de police, les bibles et documents chrétiens sont souvent confisqués; les biens de l’église peuvent être endommagés ou saisis.

Les chrétiens arrêtés sont généralement libérés peu après leur arrestation. Mais certains, notamment les responsables ou ceux qui «récidivent» dans leurs activités d’église, risquent de fortes amendes, de longues peines de prison, ou encore des restrictions administratives.

De même, la surveillance concerne les activités en ligne, notamment depuis l’entrée en vigueur de règles interdisant la publication de contenus religieux en dehors des plateformes approuvées par l’État. Cette pression permanente crée une grande incertitude pour les chrétiens des églises clandestines et, parfois, pour les églises reconnues elles-mêmes.

Dans certaines régions, une foi encore plus risquée

Depuis 2018, une nouvelle loi sur les religions durcit les restrictions et touche les chrétiens dans tout le pays. Mais la pression est encore plus forte dans les régions où vivent des chrétiens issus d’un arrière-plan bouddhiste ou musulman. Ces croyants subissent parfois une «double persécution».

D’un côté, ils font face à un contrôle renforcé de l’État, car ces régions sont jugées sensibles sur les plans politique et religieux. De l’autre, ils peuvent aussi être rejetés par leur propre communauté. Leur conversion au christianisme est souvent perçue comme une trahison de leur identité ethnique et religieuse. Pressions sociales, violences, exclusion familiale ou discriminations à l’école et au travail les poussent à vivre leur foi avec encore plus de discrétion.

Soutenir une église discrète mais vivante

Malgré ces risques, de nombreux chrétiens continuent de pratiquer et de partager leur foi avec courage, y compris au sein des églises clandestines. Certains restent très discrets pour protéger leur famille, leur assemblée et les croyants qu’ils accompagnent.

Pour les soutenir, Portes Ouvertes agit en Chine à travers ses partenaires locaux: formations bibliques, formations pour responsables d’église, cours de disciple en petits groupes pour se préparer à la persécution et distribution de livres chrétiens, principalement au format numérique.

En les soutenant, Portes Ouvertes veut les aider à tenir bon, à grandir dans leur foi et à rester une lumière, même dans un contexte où elle doit briller discrètement.

(1) Ronald Boyd-MacMillan, À toute épreuve. La réalité de l’Église persécutée aujourd’hui, Excelsis/Portes Ouvertes, 2008.

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