Entre contrôle total, propagande et répression, la vie en Corée du Nord ne laisse pas de place à la liberté religieuse. Pourtant, une Église clandestine tient ferme, portée par une foi transmise dans le secret et soutenue par des partenaires engagés.
À quoi ressemble la vie quotidienne d’un citoyen nord-coréen?
La vie quotidienne en Corée du Nord est dominée par le contrôle étatique, l’endoctrinement politique et une surveillance constante.
Dans des villes comme Pyongyang, les habitants proviennent généralement de milieux loyaux et privilégiés, et vivent selon des routines strictes. Les journées typiques commencent par des diffusions de propagande d’État et comprennent des réunions politiques obligatoires, des séances d’autocritique et un travail étroitement surveillé dans des bureaux gouvernementaux ou des usines.
Bien qu’il s’agisse de la capitale, Pyongyang souffre toujours de pénuries alimentaires et d’un approvisionnement électrique peu fiable. La liberté personnelle est extrêmement limitée: ce que l’on dit, où l’on va, ce que l’on regarde ou lit est étroitement contrôlé. Exprimer une mauvaise opinion peut avoir de graves conséquences.
À la campagne, la vie est encore plus difficile. Les agriculteurs travaillent de longues heures avec des outils rudimentaires dans des fermes d’État, recevant souvent très peu de nourriture en échange de leur travail. L’électricité et les soins médicaux sont rares. La malnutrition est largement répandue. Les enfants sont souvent mobilisés pour le travail agricole. Lorsqu’ils ont la possibilité de recevoir une éducation, elle est fortement centrée sur la loyauté idéologique.
Que pensent les Nord-Coréens des chrétiens?
La manière dont les Nord-Coréens perçoivent les chrétiens dépend fortement du degré d’endoctrinement par le régime.
Dès la petite enfance, les citoyens sont nourris de propagande présentant le christianisme comme dangereux, étranger et maléfique. Des histoires circulent dans les écoles et les médias d’État, décrivant des missionnaires américains empoisonnant des enfants ou leur volant leurs organes.
Beaucoup, en particulier ceux qui sont loyaux au régime, croient sincèrement cette propagande et considèrent les chrétiens comme des ennemis. D’autres n’y croient pas nécessairement, mais restent malgré tout indifférents ou prudents.
Dans une société fondée sur la peur et la survie, même ceux qui ne se soucient pas des chrétiens peuvent les dénoncer: signaler un chrétien aux autorités peut donner droit à des récompenses comme de la nourriture, des faveurs ou une promotion sociale.
Cependant, tous les Nord-Coréens ne croient pas la propagande. Dans les régions frontalières, les médias de contrebande et les contacts avec l’extérieur ont ouvert certains esprits.
Plus remarquable encore, certains Nord-Coréens sont venus à la foi en Christ sans jamais avoir entendu l’Évangile de manière conventionnelle. Bien que profondément secrète et souvent isolée, leur foi discrète persiste.
À quoi ressemble l’Église en Corée du Nord? Comment les gens lisent-ils et apprennent-ils la Bible?
L’Église en Corée du Nord ne ressemble en rien aux autres. Les chrétiens ne peuvent pas se rassembler ouvertement, adorer librement ni lire la Bible sans mettre leur vie en grave danger.
Comme le culte public est impossible, les croyants se réunissent en secret, en très petits groupes de confiance. Souvent, c’est un membre plus âgé de la famille qui partage discrètement l’Évangile et transmet les enseignements bibliques aux plus jeunes. Lorsqu’ils possèdent une bible, elle est cachée (parfois enterrée sous terre) et sortie occasionnellement afin que les personnes puissent lire et mémoriser des passages avant qu’elle ne soit de nouveau dissimulée. Posséder une bible est considéré comme un crime passible de la peine de mort, ce qui fait de la mémorisation une partie essentielle de la formation du disciple.
Certains croyants écoutent secrètement des émissions de radio chrétiennes diffusées la nuit. Ces programmes, produits par Portes Ouvertes en dehors de Corée du Nord, offrent un enseignement biblique et des encouragements. Mais y accéder nécessite une radio illégale et modifiée.
Qu’est-ce qui pousserait un Nord-Coréen à quitter le pays?
La principale raison pour laquelle ils tentent de quitter leur pays est tout simplement la survie. Leur décision est généralement motivée par les conditions désastreuses qu’ils subissent chez eux: pauvreté, faim et manque de ressources.
Dans les années 1990 et au début des années 2000, en particulier durant la «Marche Ardue», une famine généralisée a coûté la vie à des millions de personnes. À cette époque, il était relativement plus facile de fuir la Corée du Nord. Beaucoup l’ont fait à la recherche de nourriture et de sécurité.
Aujourd’hui, en revanche, s’échapper est devenu bien plus dangereux en raison du renforcement des contrôles frontaliers. Il faut disposer de sommes d’argent importantes pour s’assurer les services d’un passeur et soudoyer les gardes-frontières.
Contrairement au passé, de nombreuses personnes qui quittent aujourd’hui la Corée du Nord le font avec l’intention de revenir. Rester en Chine ou tenter le voyage périlleux vers un pays tiers comme la Thaïlande (et éventuellement la Corée du Sud) est extrêmement risqué et quasiment impossible pour la plupart.
Quel est le risque pour les Nord-Coréens qui parviennent à franchir la frontière vers des pays voisins?
Les pays voisins ne reconnaissent généralement pas les défecteurs comme des réfugiés, mais comme des migrants illégaux, ce qui entraîne un risque élevé d’arrestation et de rapatriement vers la Corée du Nord.
Tout Nord-Coréen surpris en train de quitter le pays ou se trouvant à l’étranger est généralement arrêté et soumis à de lourdes sanctions, telles que l’emprisonnement dans des camps politiques ou de travail, la torture, le travail forcé, parfois l’exécution.
Pour les femmes, les sanctions peuvent être particulièrement sévères. Les femmes enceintes peuvent être soumises à des avortements forcés dans les centres de détention, justifiés par la volonté du régime de «protéger la pureté de la race coréenne».
Ceux qui parviennent à éviter l’arrestation risquent l’exploitation ou la traite d’êtres humains, tout en luttant pour trouver un abri et subvenir à leurs besoins essentiels.
Comment Portes Ouvertes les aide-t-elle?
Il existe des maisons-refuges clandestines près de la frontière pour accueillir les réfugiés et leur fournir une aide vitale (nourriture, vêtements, médicaments).
Nous proposons également à ceux qui le souhaitent un accompagnement pastoral approfondi, des formations bibliques, ainsi que des études bibliques spécifiques pour les femmes nord-coréennes victimes de la traite d’êtres humains près de la frontière.
Pour beaucoup de réfugiés, ce passage dans la maison-refuge peut être leur seule chance d’entendre l’Évangile de toute leur vie.
Certains font le choix de retourner en Corée du Nord pour soutenir leur famille. Pour ceux qui sont devenus chrétiens, c’est aussi une possibilité de partager sur place la Bonne Nouvelle.
Au cœur de cette réalité étouffante, Dieu agit pourtant à travers des hommes et des femmes fidèles. Qui était Cho?
Pendant de nombreuses années, Cho a vécu le verset biblique «Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible» (Matthieu 19:26). À travers l’aide fournie par Cho aux réfugiés nord-coréens, la fidélité de Dieu était présente.
Un jour, alors qu’il se rendait dans un village isolé pour partager l’Évangile, Cho rencontra un jeune garçon. L’enfant était manifestement dans le besoin et, sans hésiter, Cho plongea la main dans sa poche et en sortit tout l’argent qu’il possédait: le montant qui aurait pu lui permettre d’acheter son billet de bus pour rentrer chez lui. Il annonça la Bonne Nouvelle à l’enfant et prit le long chemin du retour par la montagne.
Lorsqu’ils se rencontrèrent la fois suivant, ce même garçon avait décidé de croire en Jésus. Cho n’avait pas seulement prêché avec des mots; il avait prêché avec sa vie. C’est à travers son geste que cet enfant avait rencontré Dieu.
Pour les oubliés, les cachés et les effrayés, Cho est devenu les mains et les pieds de Jésus. C’était un homme de Dieu humble, qui ne se vantait jamais. Cela se voyait dans son incroyable humilité.
Grâce à vos dons et vos prières, Portes Ouvertes peut soutenir des partenaires comme Cho qui viennent en aide aux chrétiens persécutés sur le terrain. Vous pouvez fortifier l’Église là où elle ne devrait même pas exister.
