Chaque année, l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens recense et classe les pays où vivre sa foi chrétienne est dangereux. Parmi les 50 pays de l’Index 2026, ces dix pays sont ceux où les restrictions et les risques sont les plus sévères.
Avec la publication des résultats de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2026 aujourd’hui, survolons les dix pays les plus dangereux où s’identifier et vivre en tant que chrétien.
Cette année encore, les conclusions de l’étude menée par Portes Ouvertes International (Open Doors) portent à notre connaissance des chiffres accablants: 388 millions de chrétiens dans le monde sont exposés à des persécutions et discriminations fortes en raison de leur foi. À l’échelle mondiale, cela représente 1 chrétien sur 7.
1. La Corée du Nord

«Malgré ces dangers, l’Église clandestine en Corée du Nord est bien vivante. Elle n’adore pas avec du bruit, mais par des prières murmurées et des versets bibliques mémorisés. Les croyants continuent de suivre Christ avec un courage discret, une foi profonde et une disposition à tout donner pour l’Évangile.»
– Chrétien nord-coréen
Depuis plusieurs années, la Corée du Nord est en tête de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens. Si un chrétien est découvert en tant que tel, les conséquences sont sans appel: soit l’emprisonnement dans l’un des tristement célèbres camps de travaux forcés, sans espoir de libération, soit l’exécution immédiate. Les autres membres de la famille subissent souvent le même sort.
Les églises présentes dans la capitale Pyongyang peuvent donner l’illusion d’une certaine tolérance, mais il s’agit de propagande. La réalité est tout autre: le christianisme n’a aucune place en Corée du Nord, un pays où l’allégeance ne peut être dirigée que vers une seule entité, le régime Kim. Sous une surveillance constante – même de la part des voisins et de la famille – le moindre soupçon de foi chrétienne peut avoir des conséquences dévastatrices. De manière remarquable, les croyants se réunissent malgré tout, dans le plus grand secret et au péril de leur vie.
Ces dernières années, la situation s’est encore aggravée pour les chrétiens clandestins, notamment à cause de la loi contre les «pensées réactionnaires» introduite en 2020, qui affirme clairement que le fait d’être chrétien ou de posséder une bible est considéré comme un crime grave. Cette loi renforce la perception du christianisme comme une menace majeure pour le régime inflexible du pays.
2. La Somalie

«[Mon père] m’a répondu: “Je ne peux pas t’empêcher de lire la Bible. Mais si tu deviens chrétien, c’est moi qui te tuerai.”»
– Aweis, chrétien somalien servant l’Église somalienne dans la Corne de l’Afrique
En Somalie, la Constitution provisoire de 2012 interdit la conversion depuis l’islam vers le christianisme. Cette dernière est perçue comme une trahison envers le pays, le clan et la famille, ce qui peut entraîner des violences, voire l’exécution, souvent par des proches.
Les chrétiens n’ont aucune protection légale. Les autorités participent ou ferment les yeux sur la surveillance, le harcèlement et l’intimidation qu’ils subissent, créant un environnement où le christianisme est criminalisé.
La charia est appliquée dans toutes les régions et, combinée aux pressions sociales et claniques, elle oblige les chrétiens à pratiquer leur foi dans le secret et l’isolement.
Dans certaines régions, le groupe extrémiste al-Shabaab a renforcé son emprise à cause de la dégradation de la situation politique et sécuritaire. Ce groupe cherche à éradiquer le christianisme et exécute publiquement toute personne soupçonnée d’être chrétienne.
3. Le Yémen

«Lorsque je rencontre des gens, j’essaie de le faire dans des lieux publics afin d’éviter tout problème de sécurité.»
– Khaled (pseudonyme), chrétien yéménite
Les dangers auxquels sont confrontés les chrétiens au Yémen continuent de s’aggraver dans un contexte de conflit incessant, d’extrémisme et d’effondrement économique.
L’Église locale est principalement composée de convertis d’arrière-plan musulman, contraints de vivre leur foi dans un secret absolu. Être découvert comme chrétien peut être fatal, car l’apostasie est légalement punissable de mort. Les croyants subissent également d’autres formes de persécution, telles que le divorce forcé ou la séparation de leurs enfants. L’absence d’un État de droit effectif accroît encore ces dangers.
Aucun lieu de culte non musulman n’a été autorisé depuis des années et les groupes se revendiquant d’une autre confession ne peuvent pas s’enregistrer officiellement. La majorité des chrétiens non yéménites ont fui le pays, tandis que de nombreuses églises ont été pillées ou détruites.
4. Le Soudan

«Nous ne savons pas à quoi ressemblera ce nouveau Soudan après la guerre, mais je pense que c’est le moment pour l’Église de se lever pour défendre ses droits, afin d’avoir une place et une voix.»
– Rafat Samir, responsable religieux soudanais
La communauté chrétienne traverse actuellement une crise grave et croissante au Soudan, marquée par des déplacements massifs de population. Cette réalité découle du coup d’État militaire de 2021 et de la guerre civile brutale déclenchée en 2023.
Le gouvernement utilise d’anciennes lois islamiques pour justifier les conversions forcées ou les châtiments corporels. Ces pratiques ont annulé tous les progrès en matière de liberté religieuse réalisés après la chute du régime d’Omar el-Béchir en 2021.
Le Soudan est remonté d’une place dans l’Index 2026 par rapport à l’Index 2025. De nombreuses églises ont été bombardées, occupées ou transformées en bases par des milices et des groupes radicaux. Les chrétiens font face à une discrimination intense dans les tribunaux, sur leur lieu de travail et dans les écoles.
Les convertis d’arrière-plan musulman vivent dans une peur constante et subissent des menaces graves: isolement social, violences, rejet familial. Les communautés chrétiennes historiques souffrent de fermetures forcées d’églises, de refus d’enregistrement et même de destructions. Les responsables religieux et expatriés sont de plus en plus victimes d’arrestations et de détentions arbitraires.
5. L’Érythrée

«Nous vivons dans la peur de savoir qui sera arrêté ensuite. Sera-ce encore un frère? Sera-ce moi?»
– Paulos (pseudonyme), chrétien érythréen
Le gouvernement érythréen ne reconnaît que quatre groupes religieux (l’islam sunnite, l’Église orthodoxe, l’Église catholique, l’Église protestante luthérienne), excluant la plupart des Églises évangéliques qui sont considérées comme illégales.
Les chrétiens qui pratiquent leur foi en dehors des Églises reconnues par l’État sont soumis à une surveillance intense, à des descentes policières violentes et à des détentions illimitées, souvent dans des conditions inhumaines. Les convertis depuis l’islam ou l’Église orthodoxe érythréenne risquent également le rejet familial et l’exclusion sociale.
La militarisation de la société aggrave la répression. Le service militaire est obligatoire pour une durée indéterminée, sans aucune indulgence pour ceux qui refusent de servir. Les chrétiens surpris en train de prier ou de lire la Bible dans l’armée sont sévèrement punis. Ils font face à un dilemme dévastateur: subir la persécution et le service forcé, ou fuir le pays par des routes dangereuses marquées par le trafic humain, la torture et la mort.
6. La Syrie

«Nous avons traversé 14 années de guerre civile. Cependant, une attaque à l’intérieur d’une église est un événement sans précédent. C’est un massacre.»
– Elias, survivant de l’attaque contre l’église Saint-Élie de Damas en juin 2025
La situation des chrétiens en Syrie s’est considérablement détériorée au cours de l’année écoulée. Le pays entre dans les dix premières places de l’Index 2026, avec une hausse spectaculaire de la pression et de la violence. Il était classé 18ᵉ l’an dernier et occupe désormais la 6ᵉ place, atteignant son niveau de dangerosité le plus élevé depuis l’occupation de vastes pans de territoire par l’État islamique.
Depuis la chute du régime Assad en décembre 2024, le pays est contrôlé par le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), au passé extrémiste. Bien que ce groupe ait fait des gestes d’ouverture et rencontré des représentants des communautés chrétiennes historiques, il est trop tôt pour connaître l’aboutissement de cette nouvelle gouvernance.
L’instabilité généralisée a entraîné des affrontements meurtriers touchant d’autres minorités religieuses, notamment les Druzes et les Alaouites, les chrétiens se retrouvant pris entre deux feux.
7. Le Nigéria

«Celui qui me transportait sur sa moto m’a demandé pourquoi je pleurais. Je lui ai dit que j’étais mariée, mais il a répondu: “Si ton mari était fort, il t’aurait sauvée de nos mains.”»
– Rifkatu (pseudonyme), chrétienne nigériane enlevée et violée par des militants peuls
Au Nigéria, les chrétiens subissent une persécution extrêmement violente, à tel point que le pays demeure l’endroit le plus meurtrier au monde pour eux. La violence se poursuit sans relâche, maintenant le Nigéria dans les dix premiers pays de l’Index.
Des centaines de chrétiens ont été tués – 3.490 au Nigéria sur 4.849 dans le monde, soit 70% du total en 2025 – et des millions de chrétiens ont été déplacés lors d’attaques menées principalement par des bergers peuls armés, mais aussi par Boko Haram et les nouveaux groupes extrémistes émergents.
Dans le nord du pays, 12 États appliquent la charia, reléguant les chrétiens au statut de citoyens de seconde zone et punissant sévèrement les conversions depuis l’islam. Tandis que, sur le littoral, les chrétiens vivent dans un contexte radicalement différent, puisque les églises chrétiennes s’y développent sans restrictions.
La violence s’est étendue vers le centre, notamment à cause de militants peuls opérant depuis les forêts. Dans le sud-est, le groupe IPOB persécute également les chrétiens, en particulier les responsables d’Église qui refusent de se conformer à son idéologie.
8. Le Pakistan
«Les lois pakistanaises antiblasphème sont utilisées depuis des années comme des armes de persécution.»
– Thomas Mueller, analyste pour Portes Ouvertes
Minorité vulnérable, les chrétiens du Pakistan font face à une discrimination quotidienne et à la menace constante de violences mortelles.
Les lois sur le blasphème, tristement célèbres, sont de plus en plus utilisées pour intimider les chrétiens et d’autres minorités religieuses, parfois dans des conflits sans lien religieux, comme des litiges fonciers. Une simple accusation peut déclencher des violences de foule contre les victimes, leurs familles et toute la communauté chrétienne. La faiblesse de l’État et l’influence croissante des groupes extrémistes laissent les chrétiens sans protection effective.
La plupart des chrétiens sont issus du système des castes de l’hindouisme qui a perduré après l’indépendance du Pakistan. Ils sont considérés comme «impurs», raison pour laquelle les musulmans ne s’associent pas aux chrétiens pour manger ou boire. Ils continuent de subir une discrimination institutionnalisée. Beaucoup vivent dans la pauvreté et sont enfermés dans des systèmes de travail forcé.
Les convertis d’arrière-plan musulman font face à des représailles sévères de la part de leurs familles et de groupes radicaux, qui considèrent la conversion comme une trahison honteuse.
9. La Lybie

La situation en Libye est si dangereuse que nous ne pouvons pas divulguer d’informations spécifiques sur les croyants qui y vivent. Le pays a reculé de 5 places dans l’Index 2026, principalement en raison d’une baisse des incidents violents, mais il demeure extrêmement dangereux pour quiconque est chrétien. La majorité des chrétiens vivent dans la clandestinité.
L’absence d’un gouvernement central capable d’imposer l’ordre rend la situation très précaire. Le niveau de violence est classé comme «très élevé». Depuis l’arrestation de plusieurs chrétiens libyens en 2023, les autorités ont renforcé la surveillance des activités chrétiennes en ligne.
Les convertis d’arrière-plan musulman subissent de fortes pressions familiales et communautaires pour renoncer à leur foi. Tous pratiquent dans le secret. Les chrétiens étrangers, principalement originaires d’autres pays africains, sont ciblés par des groupes islamistes et des réseaux criminels organisés. Ils sont enlevés, rançonnés, réduits au travail forcé ou victimes de trafic humain.
Chaque année, de nombreux migrants chrétiens meurent en mer en tentant de rejoindre l’Europe ou succombent aux violences dans les centres de détention.
10. L’Iran

«On a posé une feuille blanche devant moi et une voix m’a dit: “Si tu écris ici que tu regrettes d’être devenue chrétienne et que tu veux revenir à l’islam, nous pouvons t’éviter le tribunal.” J’ai gardé le silence un instant, puis j’ai répondu calmement: “Ce n’est pas une confession, c’est un mensonge forcé. Je n’écrirai pas ce que je ne crois pas.”»
– Shima, chrétienne iranienne
Bien que l’Iran ait reculé d’une place dans l’Index 2026, son score de persécution a augmenté. Le conflit Israël–Iran a intensifié l’oppression des convertis d’arrière-plan musulman, souvent accusés de sympathies pro-occidentales. Après le cessez-le-feu, au moins 54 chrétiens ont été arrêtés dans 21 villes du pays.
Le Parlement a également adopté en urgence une nouvelle loi sur l’espionnage introduisant la peine de mort sous des définitions très larges. Depuis la guerre Iran–Israël, les convertis sont publiquement désignés comme espions et collaborateurs.
Les convertis sont les plus ciblés: descentes dans les églises de maison, arrestations, interrogatoires, pressions pour dénoncer d’autres croyants, longues peines de prison pour atteinte à la sécurité nationale. Les conditions de détention sont terribles et les cautions exorbitantes ruinent les familles, quand elles peuvent les payer. Les chrétiens libérés sont soumis à des restrictions sévères, comme l’exil interne ou l’autocensure, et font face à l’hostilité familiale et sociale.
Derrière les classements et les chiffres, ce sont des vies humaines qui sont touchées. Ces dix pays illustrent à quel point la liberté de religion et de culte reste gravement menacée pour des millions de chrétiens à travers le monde. L’Index Mondial de Persécution des Chrétiens fait ainsi état de la dégradation des Droits de l’Homme dans le monde.