Le Bangladesh vient de commémorer un triste anniversaire. Il y a dix ans exactement, à l’été 2016, un attentat terroriste était perpétré contre le restaurant Holey Artisan Bakery dans la capitale du pays, Dhaka.

Retour sur une nuit tragique

La tragédie avait commencé par une prise d’otages qui avait duré toute la nuit. Les cinq assaillants avaient demandé à leurs victimes de réciter des sourates du Coran. Ceux qui en étaient incapables étaient brutalement assassinés, démontrant ainsi que l’identité religieuse était un facteur déterminant et que les non-musulmans étaient particulièrement visés.

Le bilan final a été particulièrement lourd: 22 personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles 17 ressortissants étrangers, 3 clients bangladais et 2 policiers. Les forces de l’ordre étaient finalement parvenues à mettre un terme à la prise d’otages et à sauver 13 personnes, principalement des clients musulmans.

Dix ans plus tard, une situation toujours préoccupante

Depuis dix ans, que s’est-il passé au Bangladesh? La situation est-elle plus sûre pour les minorités religieuses, y compris les chrétiens? Malheureusement, notre partenaire local n’est pas optimiste:

«Les groupes et partis politiques islamistes militants ont augmenté ces dernières décennies.»

Il poursuit: «Les membres de ces groupes sont agressifs, vindicatifs et intolérants vis-à-vis des non-musulmans. Ils sont financés, encouragés et soutenus de diverses manières. Les personnes en faveur de ces militants extrémistes plaident leur cause publiquement. À la télévision, comme lors de manifestations, ils prétendent que le terrorisme n’existe pas au Bangladesh. Ils prétendent que tout cela a été inventé intentionnellement par le précédent gouvernement.»

Le spectre d’un nouvel attentat

Certes, aucun attentat terroriste de l’ampleur de celui de Holey Artisan Bakery n’a eu lieu depuis dix ans, mais les menaces qui pèsent sur les minorités au Bangladesh sont réelles et quotidiennes.

Il y a quelques mois, des alertes de sécurité auraient été diffusées concernant le risque d’attentats terroristes visant des lieux stratégiques. Parmi les cibles potentielles figuraient des bâtiments gouvernementaux, des lieux de culte, des centres de loisirs, des installations policières et militaires, ainsi que d’autres lieux publics.

Des informations ont également fait état de préoccupations concernant la radicalisation en ligne, les communications entre extrémistes, l’organisation de réunions clandestines, le recrutement de jeunes et les liens présumés entre certains Bangladais et des groupes militants opérant à l’étranger.

Pour les minorités, la pression ne faiblit pas

Mais la menace qui pèse sur les minorités ne se limite pas au risque d’attaque terroriste. Elle se manifeste aussi au quotidien et prennent la forme de discours de haine, de rejet social, de menaces concrètes visant à pousser les non-musulmans à quitter leur village; d’attaques contre des habitations ou des lieux de culte, d’accusations de blasphème ou encore d’actes de violence contre les personnes qui ont changé de religion. À ce titre, les chrétiens d’arrière-plan musulman sont les plus vulnérables, car ils sont considérés comme des traîtres et des apostats par les extrémistes islamistes.

Si la majorité de la population au Bangladesh pratique un islam modéré et souhaite vivre en paix avec ses voisins non musulmans, l’idéologie fondamentaliste se répand et gagne du terrain. Le gouvernement précédent était beaucoup plus sévère envers l’extrémisme politique islamiste, à tel point qu’il a pu être critiqué pour certaines violations des droits humains. Mais le vent semble avoir tourné: aujourd’hui, 20% des députés adhèrent à une idéologie fondamentaliste (70 sièges sur 350). Dans ce contexte, les minorités religieuses, y compris les chrétiens, se sentent de plus en plus vulnérables et menacées.