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«Dieu nous a libérées. Il te libérera.» Ces mots sont inscrits sur la pancarte qu’une jeune femme tient fermement. À ses côtés, deux autres femmes lèvent leurs propres messages, écrits à la main: «Leah, nous prions pour toi!!!» et «Tu n’es pas oubliée.»

Ces femmes prient pour Leah Sharibu, qui a été enlevée par des combattants de Boko Haram le 19 février 2018, alors qu’elle n’avait que 14 ans. Plus d’une centaine d’autres écolières ont été capturées au même moment, mais Leah a été la seule à rester en captivité – parce qu’elle a refusé de renier Jésus.

Beaucoup d’entre vous ont fidèlement prié pour Leah au cours de ces huit dernières années. Mais ces trois jeunes femmes ont une raison particulière de prier: chacune d’elles a traversé ce que Leah vit actuellement.

Enlevée à l’âge de 12 ans

Au centre de soins post-traumatiques géré par nos partenaires locaux au Nigéria, l’une de ces femmes a partagé son histoire.

Alheri (pseudonyme) n’avait que 12 ans quand elle a été enlevée: «En septembre 2014, Boko Haram a envahi notre village, raconte la jeune femme. Quand ils sont arrivés, la ville s’est remplie de bruits de coups de feu… Ceux qui pouvaient s’enfuir se sont enfuis. Ils ont emmené certaines d’entre nous sur des motos.»

Boko Haram a conduit ces jeunes filles et ces femmes dans la brousse. Ce jour-là, la petite Alheri a laissé son enfance derrière elle. Elle a été forcée de se marier: «J’avais seulement 12 ans…»

Rester fidèle malgré la pression

Alheri a été retenue six ans par les combattants de Boko Haram. Durant sa captivité, elle a subi des violences continues, physiques comme sexuelles. Les violences étaient aggravées par le fait qu’elle était chrétienne.

«J’ai été battue par différentes personnes, raconte Alheri. Les hommes nous menaçaient avec leurs armes en disant que nous devions renier notre foi, sinon ils nous tueraient. Parce que j’étais encore une enfant, j’acceptais leur doctrine par peur, puis je revenais au christianisme. Ils nous forçaient à lire le Coran.»

Puis l’homme auquel elle avait été mariée de force a été tué, mais Alheri est restée captive. Tout au long de ces années, Alheri a supplié Dieu de la libérer: 

«Tu es un Dieu vivant, mon Père, et je te sers d’un cœur sincère. Seigneur, fais-moi sortir. Je ne suis qu’une petite fille.»

Saisir l’occasion de fuir

Un jour en 2021, Alheri et quatre autres filles ont saisi leur chance et se sont enfuies: «Nous étions en train de marcher dans la brousse lorsque nous avons entendu le braiement d’un âne. Nous avons suivi le son et trouvé des Peuls. Nous leur avons demandé le chemin pour rejoindre la route et ils nous l’ont montré.» Alheri a réussi à rentrer chez elle.

Depuis son retour, la vie d’Alheri n’est pas redevenue «douce». Sa mère est morte d’une crise cardiaque pendant sa captivité. «Je crois que c’est à cause de mon enlèvement», explique Alheri. Malheureusement, cette situation est très fréquente chez les familles qui attendent le retour de proches enlevés. De nombreux parents développent de l’hypertension ou du diabète à cause du stress.

À tout cela s’ajoutent les insultes de la communauté: «Certains disaient: “l’épouse de Boko Haram”, “la femme de Boko Haram”… Il y en a qui sont dégoûtés par nous», explique Alheri.

«Les jours que j’ai passés ici ont changé ma vie»

Au centre de soins post-traumatiques Shalom, Alheri a passé quelques jours dans le calme et l’apaisement: «Les personnes qui travaillent ici ne sont pas dégoûtées par nous. Elles ne nous ont pas rejetées ni traitées comme si nous venions du camp de Boko Haram. Au contraire, elles nous ont accueillies… Les choses que nous ne pensions jamais recevoir dans la vie, nous les avons reçues ici.»

Pour Alheri, les soins reçus ont été extrêmement bénéfiques. La jeune femme ressent déjà les bienfaits de son séjour au centre:

«Les douleurs d’estomac ou les battements rapides du cœur que je ressentais avant ont disparu. Les jours que j’ai passés ici ont changé ma vie.

Alheri et les autres jeunes filles qui ont séjourné au centre ont pu trouver une guérison grâce à ce suivi, en restaurant leur identité de filles bien-aimées de leur Père céleste.

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Si Alheri a réussi à rentrer chez elle, ce n’est malheureusement pas le cas pour toutes les jeunes filles enlevées par les groupes armés. Aujourd’hui marquera un an de captivité de plus pour Leah Sharibu. Un an de trop, comme toutes les années précédentes. Prions pour elle et les autres jeunes filles encore en captivité avec la prière d’Alheri.