L’Index Mondial de Persécution des Chrétiens nous invite à regarder au-delà des chiffres pour comprendre le quotidien de millions de chrétiens exposés à la persécution et aux discriminations.
Comme chaque année, la publication de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens de Portes Ouvertes nous place face à une réalité que les chiffres peinent parfois à contenir. Derrière les données et les classements se dessine le quotidien de millions de chrétiens pour qui la foi est vécue dans l’insécurité. Derrière chaque chiffre se trouve une personne qui risque sa sécurité, parfois sa vie, pour vivre sa foi.
Pour vous aider à mieux comprendre l’Index 2026, voici 5 éléments-clés.
1. Plus de 388 millions de chrétiens sont exposés à des persécutions et discriminations fortes en raison de leur foi.
Les recherches de Portes Ouvertes réalisées sur la période de l’Index 2026 démontrent que le score des 50 pays atteint un niveau jamais égalé auparavant: 3.810 points, soit 35 points de plus que l’Index 2025. Ainsi, 388 millions de chrétiens sont exposés à des persécutions et discriminations fortes en raison de leur foi. La persécution touche donc 1 chrétien sur 7 dans le monde.
De même que les années précédentes, la Corée du Nord occupe la première place du classement des 50 pays. En 2025, le pays a renforcé sa puissance militaire et développé de nouvelles relations diplomatiques. Il a même esquissé une timide ouverture au tourisme pour les citoyens russes. Dans l’ensemble, la Corée du Nord reste cependant l’une des dictatures les plus brutales au monde.
Les dix premiers pays du classement sont, en majeure partie, les mêmes que l’an dernier. La Lybie est passé de la 4ᵉ à la 9ᵉ place, principalement en raison d’une baisse des incidents violents. La Syrie, quant à elle, est passée de la 18ᵉ à la 6ᵉ place, soit la plus forte progression constatée dans l’Index.
Le Népal (46ᵉ) fait son retour dans l’Index. Cela s’explique par le fait que des nationalistes hindous ont profité de l’instabilité provoquée par les manifestations ayant conduit à la démission du Premier ministre népalais. Le Vietnam, pour sa part, sort du classement, en raison d’une diminution des violences.
2. Un an après le changement de gouvernement, la Syrie a fortement progressé dans l’Index 2026.
La chute du régime de Bachar al-Assad, en décembre 2024, n’a pas seulement rebattu les cartes du pouvoir en Syrie: elle a ouvert une période de flottement profond. Pour les chrétiens syriens, quelle place leur serait laissée dans le nouvel ordre en train de se dessiner?
Cette incertitude était d’autant plus vive que le pouvoir venait de basculer entre les mains de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), un mouvement dont le passé extrémiste continuait d’alimenter les craintes, tant parmi les communautés chrétiennes que chez de nombreux observateurs internationaux.
Dans l’année qui a suivi, le nouveau pouvoir a révélé les limites de son autorité. Gouverner la Syrie et rétablir l’État de droit: deux défis qui restent largement hors de portée pour le moment. Dans ce climat incertain, ces dysfonctionnements ont laissé le champ libre à des groupes extrémistes, exposant les chrétiens à des violences ciblées. D’autres, sans être directement visés, se retrouvent pris au piège de conflits armés qui les dépassent.
Compte tenu de ces éléments, la Syrie est ainsi passée de la 18ᵉ à la 6ᵉ place dans l’Index 2026. La principale raison de cette forte hausse est la violence, manifestée en particulier par l’attentat-suicide contre l’église Saint-Élie de Damas qui a coûté la vie à 22 personnes. Cette attaque a eu un effet glaçant sur l’Église syrienne, déjà éprouvée par plus de dix ans de guerre civile, un tremblement de terre dévastateur et la montée en puissance de l’État islamique.
Outre la violence, la pression à l’encontre des chrétiens a augmenté dans tout le pays. Même des régions auparavant réputées pour être sûres ont connu la pression et la persécution durant la période de recherche.
3. Une fois encore, l’Afrique subsaharienne a été l’épicentre de la violence contre les chrétiens.
Durant la période d’étude de l’Index 2026, Portes Ouvertes a recensé 4.849 chrétiens tués pour leur foi. Sur ce total, 4.491 décès ont eu lieu en Afrique subsaharienne, soit 93% du total mondial.
Le Nigéria (7ᵉ), qui a fait la une de l’actualité internationale à la fin de l’année 2025, recense plus de 70% des chrétiens tués pour leur foi, soit 3.490 personnes. Cette violence est principalement le fait d’extrémistes islamistes qui attaquent des communautés chrétiennes. Plus largement, dans toute l’Afrique subsaharienne, le radicalisme islamiste s’est enraciné.
Dans certaines régions, les conflits internes ne visent pas nécessairement les chrétiens, mais ces derniers y sont particulièrement vulnérables, comme au Soudan (4ᵉ). En République démocratique du Congo (29ᵉ), le groupe rebelle M23 est actif le long de la frontière avec le Rwanda. Il ne cible pas spécifiquement les chrétiens, mais l’instabilité qu’il provoque ouvre la voie à d’autres groupes, comme les Forces démocratiques alliées (affiliées à l’État islamique), pour commettre des atrocités contre les chrétiens.
Ce schéma se répète à travers le continent: l’instabilité, les conflits internes et les insurrections créent des situations où les chrétiens sont soit directement pris pour cible, soit victimes collatérales, soit rendus plus vulnérables encore en raison de leur foi.
Le rôle du gouvernement est également déterminant dans la réalité de la persécution. Dans des pays comme l’Éthiopie (36ᵉ), l’État n’est pas en mesure de contrôler l’ensemble du territoire ni de protéger sa population dans certaines régions. Dans d’autres, comme l’Érythrée (5ᵉ), un gouvernement fort utilise le pouvoir de l’État pour s’en prendre aux chrétiens.
L’ampleur de la population chrétienne dans les 14 pays d’Afrique subsaharienne figurant dans l’Index est significative. Ces pays comptent plus de 721 millions d’habitants, dont près de la moitié se déclarent chrétiens: 1 chrétien sur 8 dans le monde vit ainsi dans l’un de ces 14 pays figurant dans l’Index 2026.
4. La pression produit un effet dissuasif et étouffant.
Lorsqu’une Église est sous pression, elle peut perdre sa capacité à dire à l’extérieur ce qui se passe ou à en parler honnêtement. C’est ce qui se produit actuellement dans plusieurs régions du monde.
En Algérie (20ᵉ), il n’y a aujourd’hui plus aucune église protestante officiellement en activité dans tout le pays.
Une tendance similaire s’observe ailleurs en Afrique du Nord, notamment en Tunisie (31ᵉ) et en Mauritanie (21ᵉ), où les chrétiens doivent surveiller leurs prises de parole, de peur que le gouvernement ne les interprète mal et ne réprime leurs activités.
De même, en Chine (17ᵉ), les réglementations restreignent de plus en plus ce qui est autorisé ou interdit. Les chrétiens voient la liste de leurs libertés se réduire. Les églises de maison sont soumises à des fermetures brutales, tandis que les Églises officielles doivent répondre à toujours plus d’exigences pour s’assurer que leurs sermons et leurs pratiques soient conformes à l’idéologie du Parti communiste chinois.
5. Il y a aussi de bonnes nouvelles.
Même si l’Index Mondial de Persécution 2026 recense les endroits où la foi coûte le plus cher, les recherches de Portes Ouvertes ont également mis en lumière des signes encourageants.
Par exemple, au Mexique (30ᵉ) et en Colombie (47ᵉ), on observe une reconnaissance croissante des risques auxquels sont confrontés les responsables religieux dans les zones touchées par le crime organisé et les groupes armés. Cela a renforcé la visibilité de la vulnérabilité des chrétiens auprès du grand public.
Au Nicaragua (32ᵉ) et à Cuba (24ᵉ), les Églises font preuve d’une résilience et d’une créativité remarquables pour adapter leurs ministères et leur action communautaire, afin de continuer à servir les populations vulnérables malgré un environnement extrêmement restrictif.
Au Bangladesh (33ᵉ), la période de recherche la plus récente a été relativement calme après les troubles ayant conduit au renversement du Premier ministre en août 2024. Cela s’est traduit par une baisse du niveau de violence dirigée contre les chrétiens.
L’Index Mondial de Persécution des Chrétiens n’est pas un simple état des lieux: c’est un signal d’alarme. Il rappelle que, pour des millions de chrétiens, la foi reste synonyme de risques quotidiens, de pressions silencieuses ou de violences extrêmes. Face à cette réalité, l’indifférence n’est pas une option. Comprendre l’Index, c’est reconnaître l’ampleur des souffrances, mais aussi la résilience remarquable de celles et ceux qui continuent de vivre et de témoigner malgré tout. Plus que jamais, cet Index nous invite à porter leur voix, à interpeller les décideurs, et à soutenir concrètement les Églises éprouvées. Derrière chaque chiffre, il y a une vie, et derrière chaque vie, une dignité qui mérite d’être défendue.